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Znorovy

Pour Jan Skácel,

 

Entre pins et jachères

la traversée vers l’été,

dans le fourré, de côté, près des granges,

les pièges à martres, rouillés.

 

Je n’irai jamais à Znorovy,

où les ombres enchaînées

montent hors de l’eau,

le manège sans attelage de chevaux

tourne sans bruit,

les vociférations tardives de la grive

assombrissent les toits.

 

Tout est douteux,

lorsque derrière les nuages

le soleil lignifie la capsule du pavot

et que les graines crissent plus durement.

Aucun sismographe

n’indique la secousse des êtres.

 

Qu’est-ce qui te force

à se tenir la nuit sur la vieille chaussée ?

La diligence morave

au toit en cuir cassant

ne passe plus, poursuivie par des feuilles de hêtres,

devant la ferme grise.

 

La martre des bois se trouve dans le branchage nu

et regarde la fraîcheur de la nuit.

Tu attends d’autres signes.

 

Traduit de l’allemand par Emmanuel Moses

In, Peter Huchel : « La tristesse est inhabitable »

Editions de La Différence (Orphée), 1990

Du même auteur :

Exil (16/04/2015)

Ferme Thomasset (16/04/2016)

« Sous la houe brillante de la lune… » / Unter der blanken Hacke des Monds… » (16/0420/17)

Origine / Herkunft (16/04/2018)

Le tombeau d’Ulysse / Das Grab des Odysseus (16/04/2019)

Le moissonneur polonais / Der polnische schnitter (16/04/2020)

 

Znorovy

Für Jan Skácel,

 

Zwischen Kiefer und Brache

die Durchfahrt zum Sommer,

un Gestrüpp, seitwärts, nahe den Scheunen,

die Marderfalle, eingerostet.

 

Ich werde nie nach Znorovy kommen,

wo die Schatten gefesselt

aus dem Wasser steigen,

der Göpel ohne Pferdegespann

sich lautlos dreht,

das späte Gezeter der Drossel

die Dächer verdunkelt.

 

Fragwürdig alles,

wenn die Sonne hinter dem Nebel

die Kaspel des Mohns verholzt

und die Körner härter rascheln.

Kein Seismograph

zeigt die Erschütterung der Wesen an.

 

Was zwingt dich,

nachts an der alten Chaussee zu stehn ?

Die mährische Kutsche

mit brüchigem Lederdach

rollt nicht mehr, verfolgt von Buchenblättern,

am grauen Gehöft vorbei.

 

Der Baummarder liegt im kahlen Geäst

und blickt in die Kühle der Nacht.

Du wartest auf andere Zeichen.

 

Die neunte Stunde,

Suhrkamp verlag, Frankfurt/Main, 1972

Poème précédent en allemand :

Johannes Kühn : « Brouillard se dissipant au jardin... » / « Verfliegender Nebel im Garten... » (12/04/2021)

Poème suivant en allemand :

Johannes Bobrowski : Musique de village / Dorfmusik (26/04/2021)