Simonides-of-Ceos[1]

 Plaintes de Danaë

 

Sur la nacelle façonnée

Souffle le vent,

Et la vague l’emporte et la tient balancée.

Pâle d’effroi est Danaë.

Les larmes sur ses joues sans cesse vont coulant,

Et de ses tendres mains elle entoure Persée,

Elle lui dit : « O mon enfant,

Que j’ai de peine !

 

Mais toi, tu dors, mais toi, calme et doux est ton cœur,

Sur cette barque de douleur

Rivetée par ses clous de bronze,

Dans la ténèbre noire et parmi la nuit sombre.

Ah ! de rien tu ne t’aperçois,

Quand sur tes beaux cheveux vient la vague profonde,

Quand le vent élève sa voix,

Mais dans la laine rouge, ah ! tu es en repos,

Mon petit visage si beau !

 

Si le danger pour toi était bien le danger,

A mes paroles tu tendrais

Tes oreilles charmantes.

Mais allons, mon petit, dors, je te le demande,

 

Et que dorme aussi l’Océan,

Et dorme l’immense disgrâce.

O Seigneur, montre-nous un destin plus clément,

Et si ces mots ont trop d’audace,

Et si toute justice ils passent,

Pardonne-les-moi cependant. »

 

Traduit du grec par Robert Brasillach

in, « Anthologie de la poésie grecque »

Editions Stock, 1950