moton48[1]

 

Quand vient le jour de l’éclipse solaire, nous étions tous

rassemblés dans la cour, regardant le ciel

à travers des morceaux de verre fumé,

 

Une ombre passa sur le toit de l’école, sur les

jardins, sur les maisons et sur la montagne,

 

Je me souviens de ce que me disait une femme,

un autre jour et sous un autre ciel,

 

« Quand les bombardiers apparurent pour la première

fois au-dessus de nos têtes, étincelant dans les nuages,

nous fûmes un instant frappés par leur beauté. »

 

Nous nous tenons là, debout et immobiles, sans

même apercevoir que la terre nous emporte

 

Et que soudain le sol sous nos pieds pourrait se

dérober.

 

Les hommes prennent le pastis sous le platane

en face du monument aux morts.

 

(La prochaine fois il n’y aura pas d’anciens

combattants.)

 

J’avais ramassé je me souviens, un nid tombé

d’un arbre, doux et secret comme les pas d’un enfant

sur la mousse,

 

 

Un peu de duvet restait collé au fond,

 

A Noël, à la fin du service au Temple, on nous

donnait une orange,

 

Le soir après dîner il nous arrivait de regarder les

incendies dans la forêt,

 

Et nous savions sans les voir que les gens du village faisaient

la chaîne avec des seaux.

 

Cévennes, ou le ciel n’est pas à vendre.

Editions Ipomée,03000 Moulins, 1985