goffette-c_helie[1] Photo : Catherine Hélie / Gallimard

 

Aux lisières

 

I

 

Nous avons longtemps cru qu’il nous suffisait

d’allonger le bras pour toucher le ciel

et tenir en laisse le vieil horizon

 

si longtemps qu’en nous le geste demeure

à la vue d’une femme à l’aube surprise

lavant dans ses larmes le jour et la nuit

 

que plus rien ne reste à la fin que l’ombre

pour raser de frais au fil de l’amour

nos corps effondrés dans la chambre avec

 

le ciel comme un bas sur le parquet nu.

 

II

 

Amour, disais-tu. J’entendais lisières

genêts, passerelles. Tes yeux résistaient.

Ce n’était pourtant qu’un seuil à franchir.

 

Déborder le corps et qu’amour soit d’eau

vive, non comme ici lac où tournent tournent

poissons et noyés, le ciel, les nuages

 

les belles promesses. Reste, disais-tu.

Je voyais mourir les hommes aux barrières

battre comme un bleu crevé par l’orage

 

leurs bras affolés leurs ailes d’Icare..

 

L’adieu aux lisières

Editions Gallimard, 2007

Du même auteur :

 « Si tu viens pour rester… » (30/07/2016)

Dimanche de poissons (30/07/2017)

Le poids du silence (30/07/2018)

Un peu d’or dans la boue (30/07/2019)

« La mer quand elle a fait son lit... » (05/01/2020)