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La traque

 

J’avais suivi tes pas perdus au fond des bois,

Ils menaient aux ravins gonflés par les averses,

Et là, je t’ai trouvée, abattue et sans voix,

Frissonnant du froid de l’aube qui transperce.

 

Je te caressai sur tes ailes divines...

Ne tremble pas toujours entre mes bras ouverts ;

Je t’ai prise, dormant comme une sauvagine

Blessée, ou lasse d’avoir volé sur la mer.

 

Sache que c’est pour ton sourire que j’ai fui,

Que je t’ai portée aux longues heures de traque,

Qu’au lever de la lune je m’étais enfoui

Jusqu’au cou, dans la fièvre écoeurante des flaques.

 

- J’entends leur pas qui se rapprochent dans le silence,

Leurs voix sourdes qui s’entr’appellent dans la nuit...

Ne bouge pas : un rien trahirait nos présences,

Ils se dirigeraient vers nous au moindre bruit.

 

Ne tremble pas ; je ne te savais pas si pâle !

Tu dois mourir d’angoisse en écoutant toujours

Cet appel désolé que profèrent les mâles.

Dors : je saurai bien les lâcher au petit jour.

 

Et tu me trouveras, penché sur ton éveil,

Tu trouveras un cœur de mâle aussi farouche

Que les leurs, un désir de mordre tout pareil

Au leur, lorsque ton corps se donnait à leurs bouches.

 

Ils se rapprochent : respire plus doucement.

Dans un instant peut-être, ils éteindront leurs phares ;

Ils essayent d’étouffer leurs brefs halètements

Et le bruit de leurs pas qui font gicler les mares.

 

Dors : ils se dressent maintenant sur le ciel sombre ;

Ne bouge pas : ils ont failli marcher sur toi...

Ils sont passés : j’entends leur souffle qui décroît,

Et leur cortège va disparaître dans l’ombre...

 

La Quête de joie

Editions de la tortue, Paris, 1933

 

Du même auteur :

Enfants de Septembre (06/01/2014)

Prélude (06/01/2015)

La quête de joie (05/04/2016)

Légende (04/04/2017)

Laurence printanière (04/04/2018)

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