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Asseyez-vous, peuples de loups, sur les frontières

et négociez la paix des roses, des ruisseaux,

l'aurore partagée.

Que les larmes, les armes

s'égarent dans la rouille et la poussière.

Que la haine crachée soit bue par le soleil.

La terre ouvre sa robe de ténèbres,

sa nudité enchante les oiseaux,

le jour se fend comme fille amoureuse.

Sous un ciel ébloui

viennent alors après tant de saccage

les épousailles de la terre et du feu,

le temps des sources,

des naissances.

Après le sang, la traîtrise et le cri,

ah, tant rêvé !

le règne des moissons

pour le bonheur des granges.

À nous qui hébergeons l'aube de la parole

 de rassembler le grain,

les mots de l'espérance.

Un jour d'été, l'enfant plonge dans la rivière,

joue avec le soleil

sous le regard apaisé d'une mère,

le héron danse sur son nid de sable,

le renard ouvre des ailes d'ange

et le serpent, le mal aimé, forçat de la poussière,

sauvé, s'étire entre les seins du jour.

 

in, Jean Orizet : « La poésie française contemporaine »

le cherche midi éditeur, 2004

Du même auteur :

« Et nous vivrons sous le silence de la neige… » (15/08/2014)

« A l’aube… » (27/10/2017)

« Ainsi je fus... » (27/10/2018)