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Chemin inutile

 

Couper le soupir de l’infini jailli de notre cœur

Couper le soir aux grand seins désolés

La peur des lèvres avant que ne monte le chant

La peur de la montagne devant la lune

Et du temps en ma tête devant le temps vide

 

Je foule mon chant désespéré

Cherchant le coin secret de moi-même

Sans crainte de tomber sur mes montagnes

Sans crainte de la tempête qui se prépare en mes yeux

Je parcours mon navire

Je piétine ce squelette sans retour et sans tristesse

Je marche je marche

Menacé par mes propres germes

Par cette obscurité qui voudrait chanter

Les vagues du navire sont comptées

L’esprit de la sève coule en son arbre astrologique

Il ne m’obéit pas lorsque ma voix atteint son destin

Lorsque j’ouvre les yeux pour absorber le soleil

 

Traduit de l’espagnol par Fernand Verhesen

in, Vicente Huidobro « Le Citoyen de l’esprit »

Editions Saint-Germain-des-Prés, 1974

Du même auteur :

La matelotte (01/10/2017)

L’homme triste (01/10/2018)