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Vieillir

 

Ma jeunesse est finie

Ma jeunesse est partie

Je reste sur le cul

avec quarante ans d'âge

J'ai pris le pucelage

de la maturité

Me voilà qui grisonne

me voilà qui bedonne

je tousse et je déconne

déjà déjà déjà

Ah quand j'étais jeune homme

que j'étais heureux ! comme

un lézard au soleil

regardant mes orteils

brunir au bord de l'eau

et mon abencérage

dresser son chapiteau

Les années comptaient peu

les jours étaient légers

et toutes les nuits douces

Le ciel était bien bleu

les lunes étaient rondes

la neige était bien tiède

les blondes étaient blondes

J'avais une cravate

en soi-e naturelle

le mollet fort agreste

le pied bon comme l'œil

oui oui mais maintenant

c'est bien bien différent

suis suis à bout de course

je dévale la pente

dies irae dies illa

 sic ibo ad astra

mais comme ce farceur

tombant d'un ascenseur

disait aux spectateurs

des différents étages

qui le regardaient choir

« jusqu'à présent ma foi

ça ne va pas trop mal

j'espère fermement

que ça continuera

encore un peu comme ça »

ainsi malgré les ans

la ride et l'urinal

le bide et l'emphysème

la toux et un moral

tant soit peu nostalgique

philosophiquement

je vieillis essayant

de jouir de mon reste

Sans feu et sans charbon

sans lard et sans lardons

sans œufs sans cinéma

sans ouisqui sans soda

sans beurre sans taksi

sans thé ni chocolat

j'écris quelques poèmes

qui valent je l'espère

ceux que j'élaborais

lorsque j'avais vingt ans

je les signais d'ailleurs

de la même façon

q-u-e-n-e-a-

u-r-a-i grec mond 

 

L’Instant fatal

Editions Gallimard,1948

Du même auteur :

 « Quand nous pénètrerons la gueule de travers… » (25/05/2014)

« Si tu t’imagines… » (25/05/2015) 

Je crains pas ça tellment (25/05/2016)

Je n'ai donc pu rêver (12/12/2017)