raymond-queneau[1]

 

Si tu t'imagines

si tu t'imagines

fillette fillette 

si tu t'imagines

xa va xa va xa 

va durer toujours 

la saison des za 

la saison des za

saison des amours 

ce que tu te goures 

fillette fillette 

ce que tu te goures

Si tu crois petite 

si tu crois ah ah 

que ton teint de rose 

ta taille de guêpe 

tes mignons biceps 

tes ongles d'émail 

ta cuisse de nymphe

et ton pied léger

si tu crois petite 

xa va xa va xa va 

va durer toujours 

ce que tu te goures 

fillette fillette 

ce que tu te goures

 

 

les beaux jours s'en vont 

les beaux jours de fête

soleils et planètes 

tournent tous en rond

mais toi ma petite 

tu marches tout droit 

vers sque tu vois pas 

très sournois s'approchent

la ride véloce 

la pesante graisse 

le menton triplé 

le muscle avachi 

allons cueille cueille 

les roses les roses

roses de la vie 

et que leurs pétales 

soient la mer étale 

de tous les bonheurs 

allons cueille cueille 

si tu le fais pas 

ce que tu te goures 

fillette fillette 

ce que tu te goures.

 

L’Instant fatal,

Editions Gallimard,1948

 

Du même auteur :

« Quand nous pénètrerons la gueule de travers … » (21/05/2014)

Je crains pas ça tellment (21/05/2016

Je n'ai donc pu rêver (17/12/2017)

Vieillir (01/04/2019)