220px_Agrippa_d_Aubign____Bartholom_us_Sarburgh_1_

 

Les rois, qui sont du peuple et les rois et les pères

Du troupeau domestique sont les loups sanguinaires ;

Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu,

La crainte des vivants ; ils succèdent au lieu

Des héritiers des morts ; ravisseurs de pucelles,

Adultères, souillant les couches des plus belles

Des maris assommés, ou bannis pour leur bien,

Ils courent sans repos, et quand ils n’ont plus rien

Pour souler l’avarice, ils cherchent autre sorte

Qui contente l’esprit d’une ordure plus forte.

Les vieillards enrichis tremblent le long du jour ;

Les femmes, les maris, privés de leur amour

Par l’épais de la nuit se mettent à la fuite ;

Les meurtriers soudoyés s’échauffent à la suite.

L’homme est en proie à l’homme : un loup à son pareil.

Le père étrangle au lit le fils, et le cercueil

Préparé par le fils sollicite le père.

Le frère avant le temps hérite de son frère,

On trouve des moyens, des crimes tout nouveaux,

Des poisons inconnus, ou les sanglants couteaux

Travaillent au midi, et le furieux vice

Et le meurtre public ont le nom de justice.

Les belistes armés ont le gouvernement,

Le sac de nos cités, comme anciennement

Une croix bourguignonne épouvantait nos pères,

Le blanc les fait trembler, et les tremblantes mères

Pressent à l’estomac leurs enfants éperdus,

Quand les grondants tambours sont battants entendus.

Les places de repos sont places étrangères,

Les villes du milieu sont les villes frontières ;

Le village se garde, et nos propres maisons

Nous sont le plus souvent garnisons et prisons.

L’honorable bourgeois, l’exemple de sa ville,

Souffre devant ses yeux violer femme et fille,

Et tomber sans merci dans l’insolente main

Qui s’étendait naguère à mendier son pain.

Le sage justicier est traîné au supplice,

Le malfaiteur lui fait son procès ; l’injustice

Est principe de droit ; comme au monde à l’envers,

Le vieil père est fouetté de son enfant pervers

......................

 

Les Tragiques, 1615 -1623