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Fantaisie du soir

 

Assis dans l’ombre, devant sa cabane, tranquillement

     Le laboureur, le frugal, voit son âtre qui fume.

          Dans la paix du village la cloche du soir salue

               Le voyageur au loin de sons hospitaliers.

 

En cette heure sans doute les marins rentrent aussi au port,

     Dans des villes lointaines, joyeux et bourdonnant encore

          De l’industrie bruyante du marché ; sous la calme tonnelle

               Un convivial repas resplendit pour les amis.

 

Et moi, où vais-je donc ? Les mortels vivent

     De travail et salaire ; alternant peine et paix,

          Tout pour eux est gaieté ; pourquoi en mon seul cœur

               L’aiguillon ne veut-il jamais dormir ?

 

Un printemps a fleuri dans le ciel du soir ;

     Les roses fleurissent, innombrables, et le monde doré

          Semble apaisé ; ô prenez-moi là-bas,

               Nuages pourpres ! et que là-haut,

 

Dans les airs et la lumière, amour et douleur se dissolvent !

     Hélas, comme effrayé par ma folle supplique, le charme

          S’enfuit ; tout devient sombre et me voici

              Sous le ciel, comme toujours, solitaire.

 

Doux sommeil, viens donc, maintenant, le cœur

     Désire trop ; enfin, pourtant, tes feux

          Déclineront, jeunesse, inquiète, rêveuse !

               La vieillesse sera alors calme et sereine.

 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

Du même auteur :

« Je connais quelque part un château-fort… » / « Das alte Schloss zu untergraben … » (14//02/2015)

Ainsi Ménon pleurait Diotima /Menons Klagen um diotima (14/02/2016)

Le Pays / Die Heima (06/02/2017)

Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

En bleu adorable / In lieblicher Bläue (06/02/2020)

« Comme, lorsqu’au jour de fête... » / « Wie wenn am Feiertage... » (06/02/2021)

Fête de la paix / Friedensfeier (01/08/2021) 

 

Abendphantasie

 

Vor seiner Hütte ruhig im Schatten sizt

     Der Pflüger, dem Genügsamen raucht sein Herd.

          Gastfreundlich tönt dem Wanderer im

               Friedlichen Dorfe die Abendglocke.

 

Wohl kehren izt die Schiffer zum Hafen auch,

     In fernen Städten, fröhlich verrauscht des Markts

          Geschäft'ger Lärm; in stiller Laube

               Glänzt das gesellige Mahl den Freunden.

 

Wohin denn ich? Es leben die Sterblichen

     Von Lohn und Arbeit; wechselnd in Müh' und Ruh

          Ist alles freudig; warum schläft denn

               Nimmer nur mir in der Brust der Stachel?

 

Am Abendhimmel blühet ein Frühling auf;

     Unzählig blühn die Rosen und ruhig scheint

          Die goldne Welt; o dorthin nimmt mich,

               Purpurne Wolken! und möge droben

 

In Licht und Luft zerrinnen mir Lieb' und Leid! -

     Doch, wie verscheucht von thöriger Bitte, flieht

          Der Zauber; dunkel wirds und einsam

               Unter dem Himmel, wie immer, bin ich -

 

Komm du nun, sanfter Schlummer! zu viel begehrt

     Das Herz; doch endlich, Jugend! verglühst du ja,

          Du ruhelose, träumerische!

               Friedlich und heiter ist dann das Alter.

 

 

 

 

Poème précédent en allemand :

Raoul Schrott: Corollaires 1 / Korollarien I (01/01/2019)

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