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Fête de la paix

     Veuillez, je vous prie, ne lire ces feuilles qu’avec bonté. Je suis sûr qu’ainsi

ce poème ne sera pas incompréhensible, et encore moins choquant. S’il se

trouvait cependant certaines personnes pour estimer cette langue trop peu

conventionnelle, il faut bien que j’avoue une chose : c’est que je ne peux pas

faire autrement. N’est-on pas disposé, quand la journée est belle, à entendre

toute façon de chanter, et la nature, dont ce champ provient, le reprend aussi.

     L’auteur songe à proposer au public toute une collection de feuillets de ce

genre, et il faut prendre celui-ci comme un échantillon.

 

 

C’est une salle emplie de musiques célestes, dont les échos tranquilles,

Qui vont paisiblement et viennent, se répondent,

Où l’air circule, une salle d’ancienne facture

Habitée de bonheur ; le nuage de joie

Va parfumant les verts tapis et les tables dressées,

Resplendissent très loin, chargées de fruits très murs et de calices adornés

     d’or,

Bien alignées en rangées magnifiques, montent

De chaque côté au-dessus

Du sol aplani.

Car venus de très loin,

Ici, pour l’heure du soir,

Se sont conviés des hôtes animés d’amour.

 

Et l’œil crépusculeux il me semble déjà

Que souriant de l’oeuvre rigoureux du jour

Je le vois en personne, le prince de la fête.

Mais bien que tu te plaises à renier ton étrange pays

Et que, comme harassé de la longue campagne héroïque,

Tu baisses, oublieux, l’œil, voilé d’ombre légère,

Et prennes aspect d’ami, toi que chacun connaît, cette grandeur

Pourtant me plie presque le genou. Je ne sais devant toi

Rien, sinon cette chose : tu n’es rien de mortel.

Un Sage peut m’éclairer bien des points ; mais quand, de plus

C’est un Dieu qui nous apparaît,

Il s’agit d’une autre clarté.

 

Il n’est pas d’aujourd’hui, pourtant, il nous est annoncé ;

Et ceux qui n’ont pas craint les flammes ni les eaux

Ne sont pas, maintenant que le calme est venu, étonnés vainement, maintenant

Qu’il n’est plus chez les hommes, ni dans les esprits de domination visible.

C’est-à-dire que maintenant seulement ils entendent

L’ouvrage qui depuis longtemps prépare, du matin vers le soir,

Car l’écho du tonneur, l’orage millénaire, démesurément

Gronde et s’éteint, se perd et va dormir

Dans l’abîme, couvert par les bruits de la paix.

Mais vous, jours d’innocence, qui êtes devenus si chers,

Vous nous portez aussi aujourd’hui, mes bien-aimés, la fête, et l’esprit

Resplendit alentour, vespéral, dans ce silence ;

Et quand bien même mes boucles

Seraient grises d’argent, mes amis, il faudrait que je vous conseille

De ne pas oublier couronnes ni repas, vous qu’orne comme une jeunesse

     éternelle.

 

Et j’aimerais en inviter plus d’un, mais, oh, toi

Qu’inclinait vers les hommes ta sévère bonté,

Qui là-bas sous les palmiers syriens,

Aimais non loin de la ville être près de la fontaine ;

Le champ de blé bruissait autour de toi, l’ombre fraîche respirait

Silencieuse sous la montagne consacrée,

Et la nuée fidèle, les chers amis,

T’adombraient eux aussi, pour que ta sainte lumière, l’audacieuse

Parvînt doucement par les déserts jusqu’aux hommes, ô Jüngling.

Mais, hélas, plus sombre encore fut la destinée mortelle qui coupa ta parole.

Tranchant terriblement ta vie. Ainsi périt

Si tôt tout ce qui est céleste ; mais ce n’est pas en vain.

 

Car le dieu qui ménage et toujours connaît la mesure

Ne touche qu’un moment les demeures des hommes,

Et brusquement, et personne ne saurait dire : quand ?

Et l’insolent peut alors passer ce même chemin,

Il faut qu’au lieu sacré l’esprit sauvage arrive

Venu des fins lointaines, exerçant à tâtonnements rugueux l’illusion,

Et rencontre là un destin, mais le merci, jamais

N’est dit de suite pour le cadeau divin après qu’il est donné :

Il faut le prendre à mains qui profondément cherchent

Il est vrai que si celui qui donne n’avait ce ménagement,

Depuis longtemps déjà le foyer généreux

Nous aurait incendiés de la terre aux sommets.

 

Pourtant nous recevons du divin

Abondance. C’est la flamme qui fut

Mise en nos mains, et les berges, et le flot de la mer.

Et beaucoup plus encore, car d’humaine façon

Ces choses nous paraissent, ces forces inconnues, nous être familières.

Et l’astre que tu vois t’apprend,

Quand bien même jamais tu ne peux l’égaler.

Mais de l’immense Tout est vivant d’où viennent

Les joies nombreuses et les chants

Il est un fils, c’est une force puissante et tranquille,

Et maintenant nous le reconnaissions,

Maintenant que nous connaissons le père,

Et que l’esprit du monde, le Très-Haut,

Pour que nous tenions des jours de fête,

S’est incliné vers les hommes.

 

Car il était depuis longtemps trop grand pour être le seigneur du temps

Et son champ s’étendait très loin, mais quand cela l’aura-t-il épuisé ?

Mais un jour un dieu peut aussi élire un ouvrage de jour,

Comme font des mortels et partager toute destinée.

C’est la loi du destin, que tous s’apprennent,

Que lorsque revient le silence, il y ait aussi un langage

Mais où oeuvre l’esprit, nous sommes là aussi, et disputons

De quoi serait le mieux. Et maintenant, ce me semble, le mieux,

Lors qu’est achevée son image et que le maître a terminé,

Et lui-même illuminé d’elle sort de son atelier,

Le silencieux dieu du temps, est que seule la loi d’amour,

La loi de belle harmonie règne d’ici jusques au ciel.

 

Nombreuses sont depuis le matin,

Depuis que nous sommes gens qui nous parlons et entendons de l’autre,

Les choses apprises par l’homme ; mais bientôt nous serons un chant.

Et l’image du temps que déploie le grand esprit,

Est là devant nous, signe qu’entre lui et les autres

Il y a une alliance entre lui et d’autres puissances.

Non seulement lui, mais les non-engendrés, les éternels

Se connaissent là, tout comme aux plantes

Se connaissent la même terre, et la lumière et l’air.

Mais le signe d’amour pour vous enfin, vous les forces sacrées,

Le témoignage que vous êtes

Encore celles-ci, c’est ce jour de la fête.

 

Qui rassemble le tout, où les célestes ne sont plus

Présents pour nous dans le miracle, ni cachés à nos yeux dans l’orage,

Mais où parmi les chants, dans le chœur d’hospitalière présence

De chacun à chacun, en leur nombre sacré,

Les bienheureux de toutes les manières

Sont ensemble, tandis que ce qu’ils aiment

Plus que tout, ce à quoi ils sont attachés, ne manque pas ; car c’est pour cela

Qu’au banquet qui est préparé, je t’ai

Appelé toi, l’inoubliable, toi, au soir du temps, toi, le jeune homme

Que je veux mener au prince de la paix ; et notre engeance

Ne se couchera pas pour dormira avant

Que vous tous, les prédits

Que vous les immortels, tous,

Pour nous dire de votre ciel,

Vous ne soyez ici dans votre maison.

 

Des souffles légers déjà

Annoncent votre venue.

Et la vallée qui fume se fait votre hérault

Et le sol, qui rugit encore de l’orage,

Mais l’espoir met le rouge aux joues,

Et devant l’huis de la maison

Sont assis la mère et l’enfant,

Et regardent la paix

On dirait que peu d’hommes meurent,

Un sentiment retient l’âme,

Une promesse, portée par la lumière d’or,

Retient les plus âgés.

 

On a d’en haut bien dispensé toute la saveur

De la vie et l’on a bien

Distribué les peines,

Car tout désormais plaît,

Mais principalement

Le simple, car le fruit désiré

De toujours, le fruit d’or

Tombeau de l’archaïque

Tronc dans les secousses des tempêtes,

Est alors, bien suprême, par le destin sacré lui-même

Protégé d’armes tendres,

la figure même des célestes.

 

Comme la lionne, tu t’es plainte,

Mère, quand tes enfants,

Nature, tu les a perdus.

Car te les a volés, ô toi la trop-aimante,

Ton ennemi, quand tu l’as comme

A l’égal de tes propres fils recueilli,

Et mis ensemble avec les satyres les dieux.

Ainsi as-tu mainte chose construite

Et mainte chose ensevelie.

Car ce que, toute puissante,

Avant l’heure tu as tiré

A la lumière te déteste.

Maintenant tu connais cela, maintenant tu laisses cela être ;

Car il veut bien reposer insensible

Dans les tréfonds, attendant d’être mur, l’être de craintive besogne.

 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

in, « Hölderlin » ( Les Cahiers de l’Herne)

Editions de l’Herne, 1989

 

Fête de paix

 

Ce poème de Hölderlin date vraisemblablement

de 1802. Il a été découvert (ou révélé) en 1955.

Nous n’avons pas eu entre nos mains un texte

allemand établi rigoureusement en tous ses

détails.

Un ami germaniste, Jacques Martin, a été à mes

côtés de la façon la plus sévère, pendant mon

travail sur ce texte                                                                    

 

I

 

Emplie des célestes bruits, muettement résonnants

Et paisiblement flâneurs,

Peuplée de souffles, voici, antiquement bâtie, la salle

Où gîtent les félicités ; autour de verts tapis, les baumes

Du nuage de joie ! au loin rayonnantes,

Gorgées de fruits les plus mûrs et de calices fleuris d‘or,

En belle ordonnance, haie seigneuriale,

De flanc surgissant ci et là sur le

Sol aplani, voici les tables.

C’est que, venant de loin,

Ici, pour l’heure de l’ombre,

Des hôtes pleins d’amour sont convenus d’une rencontre.

 

D’un œil où la nuit tombe je crois déjà

Le voir lui-même, le Prince de la Fête,

Souriant de sa grave besogne du jour.

Même s’il te plaît de nier ton pays étranger

Et, comme lassé de ta longue aventure héroïque,

De baisser les yeux, oublié, légèrement ombragé,

Puis de prendre visage de familier, toi que l’univers connaît,

Ta grandeur malgré tout me met presque à genoux.

De toi rien

Ne m’est connu, sinon que tu n’es pas mortel.

Un Sage pourrait m’éclaircir bien des points, mais,

Là où un Dieu par surcroît paraît,

Règne une autre clarté.

Ce n’est pas de ce jour qu’il n’est pas, n’est-ce pas inannoncé ;

Et quelqu’un qui ni flots ni flammes ne redoutent

S’inquiète en voyant ce calme, et c’est avec motifs en cet instant

Où nulle maîtrise n’est visible nulle part dans les esprits et chez les hommes,

Mais c’est aujourd’hui qu’on commence à percevoir son œuvre

Si longtemps faite de préparatifs de l’aube au soir ;

C’est que prodigieusement décroît, expirant dans l’abîme,

L’écho mugissant du tonnerre, l’orage millénaire,

Cédant au sommeil sous les bruits dompteurs de la paix.

Vous, qui m’êtes devenus si chers, vous, jours d’innocence,

Vous aussi, vous m’apportez aujourd’hui la fête, jours aimés. A la ronde

En ce début d’ombre, en ce silence, s’épanouit l’Esprit.

Et il faut que j’avise – même si mes cheveux étaient

Gris argenté, ô mes amis ! –

A préparer festons et festins, semblable ce jour aux jeunes pour toujours.

 

II

 

J’aimerais en inviter beaucoup, ô toi surtout,

Qui te vouas aux hommes avec grave amitié

Et qui, là-bas, sous les palmiers de Syrie,

Aux abords de la cité aimais rester à la fontaine.

Aux alentours bruissait le blé, paisiblement un souffle frais

Dévalait les ombrages du mont sacré ;

Et les amis que tu aimais, fidèle cortège nuageux,

Eux aussi t’environnaient de leur ombre afin que la sainte insolence

De ton rayonnement, à travers tout désert, parvint douce aux humains !

O jeune homme ! Las ! d’une ombre plus sombre, rompant ton verbe,

Terrible décision, vint t’investir un sort mortel.

Ainsi, fugace

Et précaire, mais non pas vain, est le céleste.

Précautionneusement, pour un seul instant, constamment conscient

De la mesure, un Dieu touche les demeures des hommes

A l’improviste, nul ne sait quand.

Même alors, un sort impudent peut épouser sa trace :

S’il faut qu’au saint lieu le Chaos sauvage

Accoure du bout du monde, exerçant sa fureur à poigne rude,

 

Et si frappe un Destin... Par grâce

Rien de tel ne suit les présents venus de Dieu :

Il ne faut les saisir qu’après profonde étude ;

Chez nous aussi, si n’était économe le donateur,

Depuis longtemps, sa bénédiction embraserait

Nos foyers du sol au grenier.

 

Du Divin, nous en avons pourtant reçu

Beaucoup. A nos mains furent confiées

La flamme, les rivages, les vagues.

Plus encore : d’humaine manière

Nous ont donné leur foi ces forces étrangères.

L’astre sous tes yeux est ton précepteur

Et jamais tu ne pourras l’égaler.

Mais celui qui est toute vie, source

De tant d’allégresse, de tant de chants,

Il a quelqu’un pour fils, et ce fils est paisiblement puissant

Et en ce jour nous le connaissons,

Oui en ce jour, puisque ton père nous est connu

Et que, pour célébrer les heures de fête,

Cette sublimité, l’Esprit

De l’univers s’est penché vers les hommes.

 

III

 

Tant d’années qu’il est trop grand pour dominer seulement ce temps !

Loin s’est étendu son domaine ! Mais quand chez lui, un instant d’épuisement ?

Or il peut advenir qu’un Dieu aussi choisisse une besogne journalière,

Pareil aux mortels, et partage tout destin.

C’est un décret de la fatalité que chacun de soi-même acquière expérience

Puis qu’au retour du silence règne aussi un langage.

Mais où l’Esprit agit, nous sommes avec lui, en luttant nous cherchons

Ce qui peut être le mieux. Or aujourd’hui, à mes yeux, le mieux

C’est que le Maître, son image achevée, son œuvre faite,

Lui-même, transfiguré, quitte alors son chantier.

Divinité silencieuse de ces temps, lui qui n’est que d’amour,

Ce splendide équilibre s’affermit d’ici-bas jusqu’aux cieux.

 

Depuis cette aube, que de choses,

Dès lors que nous sommes un colloque, ayant nouvelles l’un de l’autre,

L’homme n’a-t-il pas apprises ? et bientôt nous seront chant.

L’image de ces temps déployée par le grandiose Esprit

A nos yeux est signe qu’entre les autres et Lui,

Entre les autres puissances et Lui il y a alliance.

Il n’est pas seul : Les Incréés, les Eternels,

On ne peut tous là les reconnaître, tout comme aux plantes

On reconnait l’air, la lumière et leur mère, la Terre

Finalement voici, Puissances sacrées, le signe

D’amour pour vous, le témoignage que vous êtes

Toujours ce que vous êtes : ce jour de fête

 

Qui tous nous assemble, où vous, Êtres célestes, que nul

Miracle ne découvre, que nul orage encore n’a fait voir,

Dans les chants en convives amis,

Présents dans les chœurs, affluence sainte,

En félicité de toutes les façons

Vous êtes réunis et rien de ce qu’ils ont de plus cher

Et qui est leur est de grand prix ne leur manque,

C’est pourquoi, je t’ai invité

Au banquet, que voici préparé,

Toi, dont on ne peut avoir oubli, au crépuscule de ces temps,

Toi, ô jeune homme ! pour être le Prince de la Fête ; et nul

De notre peuple ne s’en ira dormir avant que,

Vous tous, les Immortels, dont on nous fit promesse,

Soyez là ans nos foyers

Pour nous parler de votre ciel,

 

IV

 

Déjà te proclame

Maint souffle calmé,

Déjà t’acclament sous les fumées la vallée

Et la terre grondante encore de l’orage.

Tandis que l’espérance rougit les joues

Et qu’au seuil du logis

La mère et l’enfant, assis,

Contemplent la paix.

Et peu semblent mourir :

Un pressentiment retient les âmes ;

Venant de la lumière d’or,

Une promesse soutient les plus âgés,

Oui, sans nul doute, c’est d’en haut que les piments de la vie

Sont préparés et que

Loin de nous sont menées les peines.

 

Voici que maintenant tout fait plaisir,

Que surtout le plaisir des plaisirs

C’est la simplicité : ce fruit d’or,

But d’une si antique quête,

Chu d’un arbre à la racine des temps

Par la vertu d’un orage où il y eut tout ébranlement,

Qu’ensuite le Destin divin, comme s’il était son bien le plus aimé,

Couvrit de tendres glaives,

Ce fruit, c’est la forme des Êtres célestes.

 

Telle la lionne, tu t’es plainte,

Nature, ô Maternelle, quand tu

As perdu tes enfants !

Celui qui te les ravit, ô trop aimante,

Ce fut ton ennemi, c’est toujours juste si

Tu ne les pris pas comme tes propres fils :

A la Divinité tu donnas des Satyres comme amis.

 

 

Traduit de l’allemand par Armand Robin

in Armand Robin : « Poésie non traduite. II »

Editions Gallimard, 1958

Du même auteur :

« Je connais quelque part un château-fort… » / « Das alte Schloss zu untergraben … » (14//02/2015)

Ainsi Ménon pleurait Diotima /Menons Klagen um diotima (14/02/2016)

Le Pays / Die Heimat (06/02/2017)

Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

Fantaisie du soir / Abendphantasie (06/02/2019)

En bleu adorable / In lieblicher Bläue (06/02/2020)

 « Comme, lorsqu’au jour de fête... » / « Wie wenn am Feiertage... » (06/02/21)

 

 

Friedensfeier

 

     Ich bitte, dieses Blatt nur gutmütig zu lesen. So wird es sicher nicht

unfaßlich, noch weniger anstößig sein. Sollten aber dennoch einige solche

Sprache zu wenig konventionell finden, so muß ich ihnen gestehen: ich kann

nicht anders. An einem schönen Tage läßt sich ja fast jede Sangart hören, und

die Natur, wovon es her ist, nimmts auch wieder.

     Der Verfasser gedenkt dem Publikum eine ganze Sammlung von

dergleichen Blättern vorzulegen, und dieses soll irgend eine Probe sein davon.

 

 

Der himmlischen, still wiederklingenden,

Der ruhigwandelnden Töne voll,

Und gelüftet ist der altgebaute,

Seeliggewohnte Saal; um grüne Teppiche duftet

Die Freudenwolk′ und weithinglänzend stehn,

Gereiftester Früchte voll und goldbekränzter Kelche,

Wohlangeordnet, eine prächtige Reihe,

Zur Seite da und dort aufsteigend über dem

Geebneten Boden die Tische.

Denn ferne kommend haben

Hieher, zur Abendstunde,

Sich liebende Gäste beschieden.

 

Und dämmernden Auges denk′ ich schon,

Vom ernsten Tagwerk lächelnd,

Ihn selbst zu sehn, den Fürsten des Fests.

Doch wenn du schon dein Ausland gern verläugnest,

Und als vom langen Heldenzuge müd,

Dein Auge senkst, vergessen, leichtbeschattet,

Und Freundesgestalt annimmst, du Allbekannter, doch

Beugt fast die Knie das Hohe. Nichts vor dir,

Nur Eines weiß ich, Sterbliches bist du nicht.

Ein Weiser mag mir manches erhellen; wo aber

Ein Gott noch auch erscheint,

Da ist doch andere Klarheit.

 

Von heute aber nicht, nicht unverkündet ist er;

Und einer, der nicht Fluth noch Flamme gescheuet,

Erstaunet, da es stille worden, umsonst nicht, jezt,

Da Herrschaft nirgend ist zu sehn bei Geistern und Menschen.

Das ist, sie hören das Werk,

Längst vorbereitend, von Morgen nach Abend, jezt erst,

Denn unermeßlich braußt, in der Tiefe verhallend,

Des Donnerers Echo, das tausendjährige Wetter,

Zu schlafen, übertönt von Friedenslauten, hinunter.

Ihr aber, theuergewordne, o ihr Tage der Unschuld,

Ihr bringt auch heute das Fest, ihr Lieben! und es blüht

Rings abendlich der Geist in dieser Stille;

Und rathen muß ich, und wäre silbergrau

Die Loke, o ihr Freunde!

Für Kränze zu sorgen und Mahl, jezt ewigen Jünglingen ähnlich.

 

Und manchen möcht′ ich laden, aber o du,

Der freundlichernst den Menschen zugethan,

Dort unter syrischer Palme,

Wo nahe lag die Stadt, am Brunnen gerne war;

Das Kornfeld rauschte rings, still athmete die Kühlung

Vom Schatten des geweiheten Gebirges,

Und die lieben Freunde, das treue Gewölk,

Umschatteten dich auch, damit der heiligkühne

Durch Wildniß mild dein Stral zu Menschen kam, o Jüngling!

Ach! aber dunkler umschattete, mitten im Wort, dich

Furchtbarentscheidend ein tödtlich Verhängniß. So ist schnell

Vergänglich alles Himmlische; aber umsonst nicht;

 

Denn schonend rührt des Maases allzeit kundig

Nur einen Augenblik die Wohnungen der Menschen

Ein Gott an, unversehn, und keiner weiß es, wenn?

Auch darf alsdann das Freche drüber gehn,

Und kommen muß zum heilgen Ort das Wilde

Von Enden fern, übt rauhbetastend den Wahn,

Und trift daran ein Schiksaal, aber Dank,

Nie folgt der gleich hernach dem gottgegebnen Geschenke;

Tiefprüfend ist es zu fassen.

Auch wär′ uns, sparte der Gebende nicht

Schon längst vom Seegen des Heerds

Uns Gipfel und Boden entzündet.

 

Des Göttlichen aber empfiengen wir

Doch viel. Es ward die Flamm′ uns

In die Hände gegeben, und Ufer und Meersfluth.

Viel mehr, denn menschlicher Weise

Sind jene mit uns, die fremden Kräfte, vertrauet.

Und es lehret Gestirn dich, das

Vor Augen dir ist, doch nimmer kannst du ihm gleichen.

Vom Alllebendigen aber, von dem

Viel Freuden sind und Gesänge,

Ist einer ein Sohn, ein Ruhigmächtiger ist er,

Und nun erkennen wir ihn,

Nun, da wir kennen den Vater

Und Feiertage zu halten

Der hohe, der Geist

Der Welt sich zu Menschen geneigt hat.

 

Denn längst war der zum Herrn der Zeit zu groß

Und weit aus reichte sein Feld, wann hats ihn aber erschöpfet?

Einmal mag aber ein Gott auch Tagewerk erwählen,

Gleich Sterblichen und theilen alles Schiksaal.

Schiksaalgesez ist diß, daß Alle sich erfahren,

Daß, wenn die Stille kehrt, auch eine Sprache sei.

Wo aber wirkt der Geist, sind wir auch mit, und streiten,

Was wohl das Beste sei. So dünkt mir jezt das Beste,

Wenn nun vollendet sein Bild und fertig ist der Meister,

Und selbst verklärt davon aus seiner Werkstatt tritt,

Der stille Gott der Zeit und nur der Liebe Gesez,

Das schönausgleichende gilt von hier an bis zum Himmel.

 

Viel hat von Morgen an,

Seit ein Gespräch wir sind und hören voneinander,

Erfahren der Mensch; bald sind wir aber Gesang.

Und das Zeitbild, das der große Geist entfaltet,

Ein Zeichen liegts vor uns, daß zwischen ihm und andern

Ein Bündniß zwischen ihm und andern Mächten ist.

Nicht er allein, die Unerzeugten, Ew′gen

Sind kennbar alle daran, gleichwie auch an den Pflanzen

Die Mutter Erde sich und Licht und Luft sich kennet.

Zulezt ist aber doch, ihr heiligen Mächte, für euch

Das Liebeszeichen, das Zeugniß

Daß ihrs noch seiet, der Festtag,

 

Der Allversammelnde, wo Himmlische nicht

Im Wunder offenbar, noch ungesehn im Wetter,

Wo aber bei Gesang gastfreundlich untereinander

In Chören gegenwärtig, eine heilige Zahl

Die Seeligen in jeglicher Weise

Beisammen sind, und ihr Geliebtestes auch,

An dem sie hängen, nicht fehlt; denn darum rief ich

Zum Gastmahl, das bereitet ist,

Dich, Unvergeßlicher, dich, zum Abend der Zeit,

O Jüngling, dich zum Fürsten des Festes; und eher legt

Sich schlafen unser Geschlecht nicht,

Bis ihr Verheißenen all,

All ihr Unsterblichen, uns

Von eurem Himmel zu sagen.

Da seid in unserem Hauße.

 

Leichtathmende Lüfte

Verkünden euch schon,

Euch kündet das rauchende Thal

Und der Boden, der vom Wetter noch dröhnet,

Doch Hoffnung röthet die Wangen,

Und vor der Thüre des Haußes

Sizt Mutter und Kind,

Und schauet den Frieden

Und wenige scheinen zu sterben

Es hält ein Ahnen die Seele,

Vom goldnen Lichte gesendet,

Hält ein Versprechen die Ältesten auf.

 

Wohl sind die Würze des Lebens,

Von oben bereitet und auch

Hinausgeführet, die Mühen.

Denn Alles gefällt jezt,

Einfältiges aber

Am meisten, denn die langgesuchte,

Die goldne Frucht,

Uraltem Stamm

In schütternden Stürmen entfallen,

Dann aber, als liebstes Gut, vom heiligen Schiksaal selbst,

Mit zärtlichen Waffen umschüzt,

Die Gestalt der Himmlischen ist es.

 

Wie die Löwin, hast du geklagt,

O Mutter, da du sie,

Natur, die Kinder verloren.

Denn es stahl sie, Allzuliebende, dir

Dein Feind, da du ihn fast

Wie die eigenen Söhne genommen,

Und Satyren die Götter gesellt hast.

So hast du manches gebaut,

Und manches begraben,

Denn es haßt dich, was

Du, vor der Zeit

Allkräftige, zum Lichte gezogen.

Nun kennest, nun lässest du diß;

Denn gerne fühllos ruht,

Bis daß es reift, furchtsamgeschäfftiges drunten.

Poème précédent en allemand :

Johann Wolfgang von Goethe : Rose sauvage / Heidenröslein (23/06/2021)