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Où finis-tu ? Je t’ai laissée

Dans la chaleur de notre abri ;

mais tu marches dans ma pensée

 

et me dépasses, comme un cri.

les loups n’ont pas clameur plus grande

lorsque s’abat celui qui meurt ;

et les vents n’ont pas la rumeur

que je porte ainsi qu’une offrande.

 

 

Je te laisse et tu m’accompagnes

jusqu’aux pénombres de ces bois,

dans ces ravins, sur ces montagnes

où se déchirent les nuages ;

et dans mes mains, lorsque je bois,

c’est ton visage que je vois,

le premier de tous tes visages

ouvert pour la première fois.

 

 

L’ombre monte et tu m’es ravie.

Jusqu’à tes confins poursuivie,

tu t’endors. Et moi, vigilant,

j’écoute l’oiseau te frôlant,

les sources, les bruits de ta vie

venu de son plus lointain gîte,

et le feuillage gris qu’agite

un souffle plein d’appels et lent.

 

 

Où finis-tu ? Quand je retrouve

tes bras qui m’attendent, tes fièvres,

et le mystère de tes lèvres

pareilles à ce feu qui couve ?

Tu souris aux abords du règne

où va ton regard pénétrant ;

et ta force, comme un torrent,

jaillit de ton ventre qui saigne.

 

 

Si ma fureur prise à la grappe

de ton corps tranquille et puissant

crie et se mélange à ton sang,

ton visage éloigné m’échappe.

Ta chair immense que j’étreins

riait et pleurait dans ma moelle,

et je trouve, au fond de tes reins,

la chute sans fin d’une étoile.

 

 

Où finis-tu ? La terre oscille ;

et toi, dans le fracas des monts,

déjà tu renais des limons,

un serpent rouge à la cheville ;

femme, tout en essors et courbes

et tièdes aboutissements,

lumière, et nacre ombres et tourbes

faites de quels enlisements ?

 

Lespugue

L.F.P. 1940