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Sans espoir

 

Lentement, pensivement

 

L’homme parvient finalement

à une plaine sablonneuse, maussade et mouillée,

songeant, il regarde alentour et sagement

d’un signe de tête il approuve, sans espérer.

 

Moi aussi, je m’essaye à regarder ainsi

sans tricher et comme allègrement.

L’éclat argenté d’un coups de hache surgit

sur une feuille de peuplier comme en jouant.

 

Sur une branche du vide mon coeur est assis,

son corps menu grelotte sans bruit,

autour de lui les étoiles sont réunies,

elles le regardent et ne regardent que lui.

 

Sous un firmament ferré...

 

Sous un firmament ferré tourne

la dynamo, froide et laquée.

Ö vous, constellations taciturnes !

Entre mes dents les mots paraissent étinceler –

 

En moi le passé choit comme une masse

de pierre à travers le vide insonore de l’univers.

Le temps bleu et muet vacille et passe.

Mes cheveux : brillance du tranchant des fers –

Ma moustache s’étend sur ma bouche au goût évanoui

comme une chenille repue et gonflée.

Le cœur me fait mal, le mot refroidit.

Mais aussi, à qui parler –

(mars 1933)

 

Traduit du hongrois par Gábor Kardos
In, Attila József : « Le miroir de l’autre »
Editions Unesco / La Différence (Orphée), 1997

 

Lentement, pensivement

 

A la fin, l’homme atteint le sable

d’une plaine triste et trempée,

il s’étend là, le regard vague,

acquiesce sans jamais espérer.

 

Et moi je m’efforce souvent

de regarder le monde sans tricher.

Les coups d’une hache d’argent

jouent dans les feuilles du peuplier.

 

Mon cœur est sur la branche de rien,

perché, grêle, il tremble sans bruit,

les astres doucement s’assemblent

pour regarder mon cœur la nuit.

 

Dans un ciel couleur de métal...

 

Dans un ciel couleur de métal

l’éclat froid d’une dynamo.

Oh silence de ma bonne étoile !

De mes dents, l’étincelle d’un mot –

 

En moi le passé comme une pierre

tombe dans l’infini silencieux.

Le temps s’enfuit, pâle et muet.

Lueur d’une lame : mes cheveux –

 

Ma moustache rampe, alourdie,

chenille sur ma bouche éteinte.

Mal au coeur, les mots ont tiédi.

Mais qui serait là pour entendre –

 

Traduit du hongrois par Alice Zeniter

in, Alice Zeniter : « Sombre dimanche »

Editions Albin Michel, 2013

Du même auteur :

Ce n’est pas moi qui clame / Nem én kiáltok (02/06/2020)

 Nuit d’hiver /Téli éjszaka (02/06/2021)

 

Reménytelenül

 

Lassan, tünődve

 

Az ember végül homokos,

szomorú, vizes síkra ér,

szétnéz merengve és okos

fejével biccent, nem remél.

 

Én is így próbálok csalás

nélkül szétnézni könnyedén.

Ezüstös fejszesuhanás

játszik a nyárfa levelén.

 

A semmi ágán ül szivem,

kis teste hangtalan vacog,

köréje gyűlnek szeliden

s nézik, nézik a csillagok.

 

Vas-színű égboltban...

 

Vas-színű égboltban forog

a lakkos, hűvös dinamó.

Óh, zajtalan csillagzatok!

Szikrát vet fogam közt a szó - -

 

Bennem a mult hull, mint a kő

az űrön által hangtalan.

Elleng a néma, kék idő.

Kard éle csillan: a hajam - -

 

Bajszom mint telt hernyó terül

elillant ízű számra szét.

Fáj a szívem, a szó kihül.

Dehát kinek is szólanék - -

 

1933. március