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L’Infini

 

Toujours me fut chère cette déserte colline

Et cette haie qui de toute part

Cache l'horizon ultime.

Mais immergé à l'infini

En si profonde quiétude

Je contemple ces espaces

Et recrée de surhumains silences

Mon choeur chavire au bruissement des feuilles

Et le silence, et cette voix qui s'entrelacent

Me relient à l'éternel

Ey aux saisons révolues

Et à ce temps présent, vif en son chant.

Ainsi, dans cette immensité

S'abîme ma pensée;

Et comme il m'est cher ce doux naufrage.

 

Traduit de l'italien par Carolyne Cannella

In, Revue "Babel heureuse, N°1, mars 2017"

Gwen Catalá Editeur, 31000 Toulouse

 

L’Infini

 

Toujours tendre me fut ce solitaire mont,

Et cette haie qui, de tout bord ou presque,

Ferme aux yeux le lointain horizon.

Mais couché là et regardant, des espaces

Sans limites au-delà d’elle, de surhumains

Silences, un calme on ne peut plus profond

Je forme en mon esprit, où peu s’en faut

Que le coeur ne défaille. Et comme j’ouis le vent

Bruire parmi les feuilles, cet

Infini silence-là et cette voix,

Je les compare : et l’éternel, il me souvient,

Et les mortes saisons, et la présente

Et vive, et son chant. Ainsi par cette

Immensité ma pensée s’engloutit :

Et dans ces eaux il m’est doux de sombrer.

 

Traduit de l’italien par Michel Orcel

in, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1994

 

L’infini

 

     Toujours cette colline écartée me fut chère,

Et cette haie qui dérobe au regard

Une si grande part de l’horizon extrême.

Mais, immobile et contemplant, je forme, au-delà,

Des espaces illimités, de surhumains

Silences, une paix très profonde où pour un peu

Se troublerait mon cœur. Et comme j’entends

Frémir le vent dans les feuilles, je vais

Comparant ce silence infini

A cette voix : et me reviennent l’éternel,

Les saisons mortes, et celle-là qui vit,

Présente, et sa rumeur. Ainsi

Dans l’immensité s’abîme ma pensée,

Et le naufrage m’est doux sur cette mer.

 

Traduit de l’italien par Michel Orcel

In, Revue « Vagabondages, N° 28- 29, Mars/Avril 1981 »

Association « Paris-poète », 1981

 

L’infini

(Version en alexandrins)

Je l’ai toujours chéri, ce coteau solitaire

Et aussi cette haie qui dérobe au regard

Tout un immense pan du lointain horizon.

Mais lorsqu’assis, je reste en contemplation,

Je me forme en pensée, par-delà cette haie,

Des espaces sans fin, de surhumains silences,

Une paix insondable où il s’en faut de peu

Que mon cœur ne s’effraie. Et quand parmi les plantes

J’entends bruire le vent, à ce faible murmure,

Moi, je vais comparant ce silence infini.

Alors il me souvient et de l’éternité

Et des âges défunts et de l’âge présent,

Encore vivant, et de toute sa rumeur.

En cette immensité s’abîme ma pensée ;

Et naufrager m’est doux au fond de cette mer.

 

(Version en décasyllabes)

De tout temps j’ai chéri cette colline

Solitaire tout comme cette haie

Qui dérobe au regard une partie

Si grande du fin fond de l’horizon.

Mais, par de-là, lorsqu’assis, je contemple,

J’imagine en pensée d’illimités

Espaces, de surnaturels silences,

Une paix insondable, où mon cœur frôle

La peur. Le vent murmurant dans ces plantes,

Je compare à ce bruit cet infini

Silence : il me souvient de l’éternel

Et des âges défunts et du présent

Qui vit, de sa rumeur. Ainsi dans cette

Immensité s’abîme ma pensée

Et naufrager m’est doux dans cette mer.

 

Traduit de l’italien par Sicca Vernier

in, « Poètes d’Italie. Anthologie, des origines à nos jours »

Editions de la Table Ronde, 1999

Du même auteur :

A Sylvia / A Silvia (30/12/2014)

Le coucher de la lune / Il tramonto della luna (20/12/2015)

Le soir du jour de fête /La sera del dì di festa (20/12/2016)

A soi-même /A se stesso (20/12/2018)

Les souvenirs / Le ricordanze (20/12/2019)

A la lune / Alla luna (20/12/2020)


 

 

L’Infinito

 

Sempre caro mi fu quest'ermo colle,

E questa siepe, che da tanta parte

Dell'ultimo orizzonte il guardo esclude.

Ma sedendo e mirando, interminati

Spazi di là da quella, e sovrumani

Silenzi, e profondissima quiete

Io nel pensier mi fingo; ove per poco

Il cor non si spaura. E come il vento

Odo stormir tra queste piante, io quello

Infinito silenzio a questa voce

Vo comparando: e mi sovvien l'eterno,

E le morte stagioni, e la presente

E viva, e il suon di lei. Così tra questa

Immensità s'annega il pensier mio:

E il naufragar m'è dolce in questo mare. 

 

Idilli

Stamperia della Muse

Bologna (Italie), 1826

Poème précédent en italien :

Pier Paolo Pasolini: Les pleurs de l’excavatrice, VI /Il pianto della scavatrice, VI (27/11/2017)

Poème suivant en italien :

Michel-Ange / Michelangelo Buonarotti : « Quelle mordante lime… » / « Per qual mordace lima… » (14/01/2018)