220px-Giacomoleopardi1837[1]Giacomo Leopardi sur son lit de mort

 

A la lune

 

Ô favorable Lune, je me rappelle,

Sur ce col même – voilà, l’année revient -,

Je venais te mirer plein d’angoisse ;

Et tu pendais alors sur cette sylve,

L’éclairant toute, comme aujourd’hui.

Mais brumeux, incertain, par les pleurs

Qui montaient sous mes cils, à mes yeux,

Paraissait ton visage, car un supplice

Etait ma vie, ; et depuis rien n’a changé d’elle,

Bien-aimée Lune. Et cependant me plaît

La souvenance, et de compter les âges

De ma douleur. Ô comme est chère

Dans le temps juvénile, quand longue est l’espérance

Et brève la carrière du souvenir,

La remembrance des choses disparues,

Encore que tristes et que le tourment dure !

 

Traduit de l’italien par Michel Orcel

In, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1994

 

A la lune

 

Je me souviens, ô gracieuse lune,

Que, l’an passé, malgré mon désarroi

Sur ce coteau j’allais te contempler ;

Toi, tu planais alors comme aujourd’hui

Sur ce bocage où ta clarté s’épand.

Je te voyais, embuée et tremblante,

Puisque mes yeux de larmes étaient pleins.

Ma vie était vouée à la souffrance

- Rien depuis n’a changé -, lune chérie.

Ce souvenir ne laisse de me plaire,

J’aime compter le temps de ma douleur.

Quand l’on est jeune, on a des souvenirs

D’autant plus brefs que l’espérance est longue :

Aussi quel charme en nos jeunes années

Que d’évoquer le passé, fût-il triste,

Et encore que dure notre détresse !

 

Traduit de l’italien par Sicca Vernier

in, « Poètes d’Italie. Anthologie, des origines à nos jours »

Editions de la Table Ronde, 1999

Du même auteur :

A Sylvia / A Silvia (30/12/2014)

Le coucher de la lune / Il tramonto della luna (20/12/2015)

Le soir du jour de fête /La sera del dì di festa (20/12/2016)

L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)

A se stesso (20/12/2018)

Les souvenirs / Le ricordanze (20/12/2019)

 

 

 

Alla luna

 

O graziosa luna, io mi rammento

Che, or volge l'anno, sovra questo colle

Io venia pien d'angoscia a rimirarti :

E tu pendevi allor su quella selva

Siccome or fai, che tutta la rischiari.

Ma nebuloso e tremulo dal pianto

Che mi sorgea sul ciglio, alle mie luci

Il tuo volto apparia, che travagliosa

Era mia vita : ed è, nè cangia stile,

O mia diletta luna. E pur mi giova

La ricordanza, e il noverar l'etate

Del mio dolore. Oh come grato occorre

Nel tempo giovanil, quando ancor lungo

La speme e breve ha la memoria il corso,

Il rimembrar delle passate cose,

Ancor che triste, e che l'affanno duri !

 

Canti

Felice Le Monnier editore, Firenze, 1845

Poème précédent en italien :

Giovanni Pascoli : Fides (08/12/2020)

Poème suivant en italien :

Dino Campana : L’espérance (sur le torrent nocturne) /La speranza (sul torrente notturno) (01/02/20201)