Paysage dans l’œil d’un aigle

 

1

Rien que le roc, la neige,

noir sur blanc.

Les rigueurs de l’hiver, les eaux ne coulent plus,

Les pins ont mis leurs cloches de verre.

 

2

Rien ne saurait remplacer

l’élévation du roc,

celle des sommets,

sauf la neige qui les recouvre.

3

Des vols d’hirondelles dorment sous les eaux gelées,

dans leur tanière, les ours bruns sommeillent,

marmottes et hérissons s’assoupissent aussi,

en eux s’amasse une neige de graisse.

4

Il n’y a pas de mots, pas de vendeurs de mots,

nul hymne louant les noces, le pouvoir.

Au Tibet, une armée s’enfonce sous la neige,

inhumée dans l’oubli du clair de lune.

5

Le vent est inspiration, volonté,

vitesse du sang en plein vol.

Les ombres se déplacent, puis

les griffes soudain lacèrent le silence.

6

Une réduction, essentielle, comme fait sur la terre

pour les branches, les feuilles mortes, comme le roc,

 dressé solitaire, dressé radieux,

devenue fondement de toute sensation.

7

Même les étendues de neige gelée

sont truffées d’amorces noires du soleil.

Le paysage dans l’œil d’un aigle…

poème sur la distance.

1998

Traduit du chinois par Chantal Chen- Andro

In, « Le ciel en fuite. Anthologie de la nouvelle poésie chinoise »

Editions Circé, 2004

Du même auteur :

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