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Les maudits

 

Maudits ils sont par la malédiction qu’ils portent

Et qui les porte comme un fleuve épais, heureux

De ses remous et du bouillon de ses souillures.

Car les eaux sales sont heureuses, loin des sources,

Et ne rêvent jamais d’eau pure ou de fraîcheur :

Dormant dans la tiédeur oui bien véhiculant

Les marques trop visibles de leur majesté,

Demandez-leur comment elles pourraient songer

De les perdre au profit d’une légèreté

Dont toute trace a disparu depuis longtemps

Sous les crasses qui font l’orgueil de la mémoire.

Car la malédiction qu’ils portent, ces maudits,

C’est l’épaisseur de leur mémoire et sa richesse,

La densité de ce puant encombrement

De détritus, que ne visite plus jamais

Le souffle de l’esprit, un air de pureté.

 

Rhapsodie des fins dernières

Editions Phébus, 1977

Du même auteur :

Froid 02/03/2015)

L’Ouverture (02/03/2016)

 

Le poids vivant de la parole (02/03/2018)