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Tel l’enfant animé d’un pouvoir enchanteur,

Si je croyais que l’âme, après mille douleurs,

Emportait, échappant à la peur qui empeste,

La mémoire et l’amour vers l’abîme céleste,

J’aurais depuis longtemps quitté ce monde-ci,

J’aurais brisé la vie, idole sans merci,

Volant vers un pays de liberté, de fête,

Vers un pays sans morts, sans forme toute faite,

Où la pure pensée luit dans l’azur bleuté…

Mais je m’abuse en vain de ce rêve exalté,

Ma raison me poursuit, méprise toute ivresse :

A la mort, le néant est la seule promesse.

Quoi, rien ? ni la pensée, ni le premier amour ?

J’ai peur ! Et je retourne, avide, vers le jour,

Et je veux vivre, et vivre, et qu’une image chère

Se cache, vibre et brûle en mon âme éphémère.

1823

 

Traduit du russe par André Markowicz,

In, « Le soleil d’Alexandre. Le cercle de Pouchkine 1802 – 1841 »

Actes Sud, éditeur,2011

Du même auteur :

« L’astre du jour éteint sa flamme rougeoyante… » (13/03/2015)

Elégie (12/03/2016)

« Lorsque j’erre, songeur… » (03/03/2018)

« Tout mais ne pas devenir fou ... » (03/03/2019)