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Fleurs de cerisiers

 

   Le petit espace de temps où tu traverses les fleurs du cerisier, éclatantes

au soleil, déjà s’effaçant comme neige, c’est toute ta vie que tu traverses

ainsi d’un regard. Elle est ce pur espace comme il va s’effondrer d’un nuage,

d’une brume, d’une nuit ; ce pur espace qui tremble dans l’espace et qui

ne se déploie que par blessures, jamais glissade heureuse, sinon de ce

regard accroché un instant à un blason de vert tendre et de blanc. Ceci

n’est pas compté, jamais, cette somme de ta vie ! La blessure est ancrée

dans le corps mais lui n’a pas de racines – pas encore – il porte ces

fleurs comme un aveugle (en une nuit parfois il ne reste que cette promesse

du fruit – trop rouge le fruit !), il porte ces fleurs, il les broie avec ses pilons

d’os.

   Ô poudre commune, comme nos chemins sont légers !

 

Le bonjour et l’adieu

Editions du Mercure de France, 1991

Du même auteur :

Jardin suspendu (01/07/2014) 

Prière (01/07/2015)