Abdelwahab%20al-Bayyati[1]

 

Amants en exil

 

(…)

Là-bas dans les vases périssent les fleurs

Et le soleil embrasse les maisons.

Et la chanson des enfants

Poursuit la ronde ancienne

Et les vendeurs ambulants

Et les cœurs insouciants

Marchandent toujours

Les restes de ce petit aigle qui s’appelle « conscience »

Et ces gens-là et toi et moi

Telle la chèvre lépreuse qu’évite le troupeau

Nous sommes sans printemps

Sans printemps ni maison

Du coucher du soleil à son lever

Et du lever au coucher

Nous restons à attendre ce qui n’arrive pas.

Rien  n‘est vivant de ces murs affreux

Et de ces ruelles

O malheureux dans ces ruelles

Rien n’est vivant

Ici le terrible néant ici

Rien que le terrible néant

Et le soleil se couche et les enfants

Baillent au seuil des maisons

Et les cœurs insouciants

Marchandent en bavardant

« Vendre des aigles est plus profitable

Que le commerce des poteries et des fleurs"

Et ces gens-là et toi et moi nous attendons

Et la nuit tel un chien acharné

Nous assaille à travers les murs.

Et moi ?

Et toi ?

Je suis seul

Comme la stérile goutte de pluie je suis seul.

Et ces gens-là ?

Comme toi, comme moi, ils creusent le mur

Pour échapper à leur tombe

Comme toi, comme moi, ils espèrent

En une chose plus forte que la ruine

Ces gens-là et toi et moi

Telle la chèvre lépreuse qu’évite le troupeau

Notre effort est vain

Et s’il demeure quelque chance

Elle s’en viendra tomber

A ce mur impossible à franchir

A ces cœurs insouciants

Car tout effort est vain

A ces gens-là, à toi et à moi ;

Les cœurs insouciants et le soleil des nues 

 

Traduit de l’arabe par Pierre Rossi

In, Revue « Vagabondages, N°31, Juin 1981 »

Association « Paris-Poète », Librairie Séguier,1981  

 

Du même auteur :

Tristesse de la violette (21/04/2017)

L’Hôtellerie du destin (21/04/2018)