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Tristesse de la violette


Les multitudes qui travaillent

Ne rêvent pas à la mort du papillon

Ni aux tristesses des violettes

Ni au voile qui scintille

Sous la lumière de la lune verte des nuits d’été

Ni aux amours du fou avec son fantôme

Les multitudes qui travaillent

Qui se dépouillent

Qui se déchirent

Les multitudes qui fabriquent le bateau du rêveur

Les multitudes qui tissent les mouchoirs des amants

Les multitudes qui pleurent

Qui chantent qui souffrent

Tout autour de la terre

Dans les usines de fer, au fond des mines

Qui mâchent le soleil des morts certaines

Rient parfois aux éclats

Tombent amoureuses

Mais pas comme le fou d’un fantôme

Sous la lumière de la lune verte des nuits d’été

Les multitudes qui pleurent

Qui chantent qui souffrent

Sous le soleil de la nuit

Rêvent de leur pain quotidien.

 

 

Traduit de l’arabe par Jean–François Donniot

In, « Poèmes d’Amour des sept portails du monde »

Sindbad Editeur, 1981

Du même auteur : Amants en exil (11/02/2016)