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Quand bien même…

 

Quand bien même je verrais de mes yeux

les ancêtres peints sur les tableaux

descendre de leur cadre et marcher dans l’épaisseur du monde

 

Quand bien même je verrais de mes yeux

les routes de terre se lever dans le ciel

gracieuse et penchées comme des jets d’eau

 

Quand bien même j’entendrai le soleil

(comment, lui ?) oui le soleil le soleil)

me parler à voix basse m’appeler par mon nom

 

Quand bien même je prendrais tout à coup la stature

et le silence et la pesanteur d’une maison

 

Quand bien même j’aurais trouvé la clé

du grand tunnel qui traverse le globe

et je commencerais la lente glissade le long des parois

 

Quand bien même je verrais de mes yeux

grouiller l’Autre Côté des choses

 

Quand bien même quand bien même quand bien même…

 

- je croirais toujours à la sainte Réalité

qui partie de nos mains s’enfonce dans la nuit.

 

Une Voix sans personne,

Editions Gallimard, 1954

 

Du même auteur :

La môme néant (17/06/2016)

Henri Rousseau, le douanier (17/06/2017)

Rengaine pour piano mécanique (17/06/2018)

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