AVT_Georges-Lafenestre_9630[1]

 

Femmes et soleil

                                                    A José-Maria de Hérédia

 

Dans l'air frais du matin il pleut des hirondelles,

Sur les foins verts tressaille une blanche vapeur,

Des soupirs incertains, mêlés à des bruits d’ailes,

Courent le long des bois secouant leur torpeur.

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C'est par un jour pareil qu'aux rives de la Grèce

La mer, la mer d'azur, prise de volupté,

Enfanta, tout en pleurs, l'amoureuse déesse

Qui, deux mille ans, sous sa caresse,

Fit pâmer dans ses bras la jeune Humanité :

 

C'est par un jour pareil que les nymphes pourprées,

Le désir sur la lèvre, et pressant leur sein nu,

Epiaient, au travers des branches éclairées,

Sur le sentier les pas du jeune homme inconnu !

 

Avec ses cheveux d'or Vénus est descendue

Dans la tombe implacable où s'en vont tous les dieux ;

Sans peur le berger boit à la source perdue;

Mais dans la tranquille étendue

Rit le même soleil au fond des mêmes cieux

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Et des femmes encor, des femmes aux fronts roses,

Vont passer, qui suivront le rêve de leurs cœurs,

Bouquet éparpillé de vierges frais écloses,

Aussi belles ici que dans Paphos en fleurs.

 

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Car toute grande, enfin, soulevant sa paupière.

L'œil superbe du monde emplit l'horizon bleu :

Passez, femmes, passez dans la sainte lumière,

Laissez au-dessus de la terre

Avec l'astre divin planer votre âme en feu.

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Les Espérances, Jules Tardieu libraire, 1864