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XVII

 

Et donc les lianes me jaillissent des doigts

Et les abeilles lourdes de pollen

Naviguent pesamment entre les sarments :

          Cherr- cherr- che-ricc – ronronnements

Et les oiseaux ensommeillés entre les branches

          ZAGREUS ! IO ZAGREUS !

A la première pâleur qui éclaire les cieux

Et les cités sises entre leurs collines,

La déesse aux belles cuisses

S’avance, le bois de chêne derrière elle,

La pente verte, avec les bêtes blanches

                    Qui sautent autour d’elle ;

Et descendant de là jusqu’où s’ouvre la crique, jusqu’au soir,

Eaux étales devant moi,

          et les arbres croissent dans l’eau,

Troncs de marbre taillés dans le repos,

Plus loin que le palazzi,

                                      au repos

Cette lumière n’est point solaire.

                                                  Chrysoprase

Et l’eau claire verte, et claire bleue ;

Plus loin, jusqu’aux grandes falaises d’ambre.

                                                                          En leur sein,

La grotte de Nerea,

       elle, comme un grand coquillage incurvé,

Et la barque tirée  sans bruit,

 Sans relent de cale sèche,

Aucun cri d’oiseau, aucun clapotis de vague,

Aucuns ébats de phoque, aucun clapotis de vague,

En sa grotte, Nerea,

                                 elle, comme un grand coquillage incurvé

Dans la suavité de la roche,

                                            falaise gris- vert au loin,

Mais près, l’ambre des falaises-portes,

Et la vague

                                 claire verte, et claire bleue,

Et la grotte blanc-sel, et pourpre ébloui,

                   fraîche, lisse, porphyre,

                   roc par la mer usé.

Aucun cri de mouette, aucun souffle de phoque,

Sable comme de malachite, et dedans aucun froid,

               cette lumière n’est point solaire.

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Traduit de l’américain, par Philippe Mikria mmos

In, Ezra Pound : «  Les Cantos », Editions Flammarion, 1986