Saint-John-Perse-est-un-poete-moderne_w670_h372[1]

 

Telle est l'Instance extrême où le Poète a témoigné.

En ce point extrême de l'attente, que nul ne songe à regagner les chambres.

"Enchantement du jour à sa naissance... Le vin nouveau n'est pas plus vrai, le lin

nouveau n'est pas plus frais.

"Quel est ce goût d'airelle, sur ma lèvre d'étranger qui m'est chose nouvelle et m'est

chose étrangère?...

"A moins qu'il ne se hâte, en perdra trace mon poème... Et vous aviez si peu de temps

pour naître à cet instant… "

 

 (Ainsi quand l'Officiant s'avance pour les cérémonies de l'aube, guidé de marche en

marche et assisté de toutes parts contre le doute - la tête glabre et les mains nues, et

jusqu'à longle, sans défaut - c'est un très prompt message qu'émet aux premiers feux

du jour la feuille aromatique de son être.)

 

 Et le Poète aussi est avec nous, sur la chaussée des hommes de son temps.

Allant le train de notre temps, allant le train de ce grand vent.

Son occupation parmi nous : mise en clair des messages. Et la réponse en lui donnée par

illumination du coeur.

Non point l'écrit, mais la chose même. Prise en son vif et dans son tout

Conservation non des copies, mais des originaux. Et l'écriture du poète suit le

procès -  verbal.

(Et ne l'ai - je pas dit? Les écritures aussi évolueront. -   Lieu du propos : toutes grèves

de ce monde.)

 

Vents, III, 6

Editions Galimard, 1946

Du même auteur :

« Nous n’habiterons pas toujours ces terres jaunes… » (03/01/2015) 

« Et vous, Mers… » (04/01/2016)

Images à Crusoé (04/01/2017)

            Oiseaux (04/01/2018)

Pour fêter une enfance (04/01/2019)