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Le loup et l’agneau

 

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

       Nous l'allons montrer tout à l'heure.

       Un Agneau se désaltérait

       Dans le courant d'une onde pure.

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

       Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

       Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté

       Ne se mette pas en colère ;

       Mais plutôt qu'elle considère

       Que je me vas désaltérant

              Dans le courant,

       Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,

Et que par conséquent, en aucune façon,

       Je ne puis troubler sa boisson.

- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,

Et je sais que de moi tu médis l'an passé.

- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?

     Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.

       - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

   - Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :

     Car vous ne m'épargnez guère,

       Vous, vos bergers, et vos chiens.

On me l'a dit : il faut que je me venge.

       Là-dessus, au fond des forêts

       Le Loup l'emporte, et puis le mange,

       Sans autre forme de procès.

 

 

Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine

A Paris, chez Claude Barbin,1678

Du même auteur :

Les deux pigeons (17/01/2016)

La mort et le bûcheron (17/01/2017)

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