Nima_Yushij_-_Original[1]

 

Qouqouliqou le coq chante.

Du village blotti dans un creux

Du chemin en pente, veine sèche

Où le sang reprend sa course dans le corps des morts,

Le cri tisse sa trame sur le mur froid de l’aube

Et déborde partout dans la plaine :

 

Le chemin s’est rempli de son chant libre

Qui porte à l’oreille l’heureuse nouvelle

Indique aux caravanes des contrées mortes

La route qui mène aux pays de la vie.

 

Douce approche

Chaleur du sang

Battement d’ailes

Plumes hérissées.

L’oreille aux aguets, la caravane

Est fascinée par ce chant qu’elle aime

Qouqoulicou sur la route obscure

Qui reste à la traîne ? Qui est fatigué ?

 

Ce souffle chantant a réchauffé

La nuit d’hiver alourdie de gel :

L’étincelant matin laveur du jour

A fait la lumière sur toute chose.

 

Le matin au pas rapide retarde son départ

Baisant la terre à s’en briser les lèvres

Dès que le coq arrache de ses entrailles

Ce chant et son âme offerts au froid brûlant.

 

Qouqoulicou. La nuit aveugle se sauve

Du pays visible au monde qui se cache

Comme un monstre que le chant du jour

Fait s’enfuir par la porte du matin.

 

Sur la route un cavaler se hâte

Et bien que son cheval s’effraie dans le noir

L’éternuement du matin a crayonné dans sa tête

La jubilante image de l’aurore.

 

Cet instant inonde ses yeux

Et comme le jour

Le chemin s’éclaire

Apportant la joie.

Il éperonne sa monture.

Qouqoulicou le cœur et la tête s’ouvrent

Au matin arrivé. Le coq chante.

 

L’oiseau captif de la nuit tombale

S’est libéré de sa cage étroite.

Dans le désert, par la route longue et lointaine

Qui reste à la traîne ? Qui est fatigué ?

(La ville, le matin)

 

Traduit du persan par Chahrachoub Amirchahi et Alain Lance

In, « Iran, Poésies et autres rubriques »

Editions Maspéro, 1980