pierre_torreilles_1_

 

 

Silence, où la voix s’enracine,

de nul regard espace où je me tiens,

de nul passage désormais

le sentier indistinct,

haute terre habitable.

 

Maintenant dé-nommé

le visible s’écrit.

 

De ce jardin bientôt

où conduit tout cheminement

l’imprononçable accès,

puis comme une rumeur

le lent besoin des mots

de toute fleur absent.

 

As-tu sacrifié à cette absence ?

as-tu recommencé

mais inlassablement

l’impatience incertaine ?

 

Les arbres

agrippés dans la mort,

noirs,

          se gonflent

des lueurs proches de la mémoire

 

En son déchirement

bientôt

          vont s’annoncer

les cymbales d’un autre rire

le cytise oublié

sur la putréfaction de l’aube

telle une flamme gorgée d’eau.

 

L’origine s’efface

et le sentier se perd.

 

Heurte à la vitre de l’oubli,

au fugace soudain qu’effeuillent les oiseaux.

 

Voici que reverdit le lieu

l’improbable écriture,

la mort restituée à sa juste mesure

espace hors du bannissement.

 

Regarde,

               au loin la mer

à travers les collines s’écaille,

 

Il est comme une brume de silence,

et quand s’émeut la joie,

               si semblable à des cris

remonte, ivre déjà

l’enfance d’un visage...

 

Chaque pierre a gardé quelques gouttes de nuit,

l’herbe, à travers la mousse,

humide encore, quelqu’insecte...

 

familier le sentier prononce chaque pierre.

 

Menace innominée

Editions Grasset, 1976