daniel_biga[1]

Homme né en 1940

 

 

- c’était la guerre on a toujours eu peur de tout dans la famille

où j’ai grandi

en sabots raison de mes pieds plats

je mangeais des topinambours de la polenta et des figues séchées

Mon père n’était pas grec mais électricien

avec un nom du Piémont j’ai aussi le sang

d’un berger des Pouilles et d’une princesse monténégresque

la tignasse

du corsaire maure qui séduit une Catarina Ségurana

d’il y a bien longtemps

Nous avons des héros morts des couards aussi

la gloire nous a salué en plusieurs langues

parfois dans les deux camps nel stesso tempo

de César Martel Giuseppe Clémenceau à Bidon V

Héraldiquement riches troupiers purs aryens sans doute mélangés de

juif

comme tout le monde exactement

nous fûmes parfaitement inconnus et inutiles à travers

les siècles des siècles

et il n’y a merci Pépé aucune raison pour que cela change

 

le café est-il ciré le whisky dans le vécé les enfants au frigo

dans une certaine aisance voyez-vous doublée

de pauvreté

C’est fait à l’étroit comme dans un cercueil

du 90 de large pour deux ça ne suffit pas

me voilà marié

aussi bêtement que mes ancêtres et pour que

leurs leçons profitent

nous durerons

sans grande convenance sans grand amour

par simple simplicité et pour arranger les choses

C’est fait tout va pour le mieux

je n’en dors plus

je me branle en pensant à d’autres filles

et aux destins hors du commun.

 

Oiseaux mohicans, Editions Saint-Germain-des-Prés, 1969

 

Du même auteur :

Les chants désespérés (10/03/2016)

« au matin neuf… » (11/03/2017)

Horoscope (11/03/2018)

Aux portes de la ville (11/03/2019)