08 juin 2020

Ilarie Voronca (1903 – 1946) : « Quand nos âmes seront réunies... »

  VIII   Quand nos âmes seront réunies depuis des milliers d’années Et que nous pèserons moins que des nuages sur la cime des montagnes Quand, même la faible lumière du couchant fera frissonner les feuilles Plus que ne le feront nos souffles aériens dans les branches.   Sans espace et sans temps. Transparents l’un dans l’autre Chacun de nous étant l’autre enfin et lui-même Je t’implorerai soudain : montre-moi un instant En la forme que j’adorais autrefois sur la terre.   Oui, reprends pour un... [Lire la suite]
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07 juin 2020

James Sacré (1939 -) : Oiseaux qui sont dans le cœur des arbres

  Oiseaux qui sont dans le cœur des arbres     Ramiers dans les arbres les grands au fond du dernier pâtis après les chemins les derniers toits ramiers dans les branches repos ils y sont restés (peut-être) pourtant combien de fusils tant de poèmes pourtant les tracteurs les remembrements pourtant dans les arbres toujours et ce mot ramier (piège ou rien ?) dans ramure ou poème.   Pigeon plumes dans le centre du cœur des arbres (grands chênes dans les bas) ils sont arrivés par bande un soir ... [Lire la suite]
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06 juin 2020

Francis Ponge (1899 – 1998) : La cruche

La Cruche        Pas d’autre mot qui sonne comme cruche. Grâce à cet U qui s’ouvre en son milieu, cruche est plus creux que creux et l’est à sa façon. C’est un creux entouré d’une terre fragile : rugueuse et fêlable à merci.        Cruche d’abord est vide et le plus tôt possible vide encore.      Cruche vide est sonore.      Cruche d’abord est vide et s’emplit en chantant.      De si peu haut que l’eau s’y... [Lire la suite]
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05 juin 2020

Armand Robin (1912 -1961) : Me conduire en des lieux écartés

Association Liber-Terre de Pontivy, photo-montage avec une photo d’Armand Robin (à 17 ans).   Me conduire en des lieux écartés        Avant que ma voix ne devienne isolée, j’eus mon pays près de moi. Les fontaines, les joncs, les chevaux étaient les relais de mes voyages ; de lentes et claires eaux étaient mes promenades ; et mon sommeil était d’un feuillage tendrement et lentement gonflé de bruits. * Les fontaines, les plantes, les incertaines lunes Furent mon logis ; les ronces... [Lire la suite]
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04 juin 2020

Jacques Prevel (1915 – 1951) : Tous nos amis sont morts

Jacques Prevel de profil, par Antonin Artaud Tous nos amis sont morts A Roger-Gilbert Lecomte, René Daumal, Hendrick Kramer, Luc Diétrich.   Tous nos amis sont morts Nous nous sommes égarés malgré tous nos espoirs Mais nous étions des êtres incapables de mourir Et nous avons été trop semblables à nous-mêmes Et jamais personne ne comprendra Jamais personne ne nous entendra Jamais personne ne se souviendra   Et ce soir avec ma poitrine ouverte A tous les battements d’un lourd désastre Je me souviens avec mes... [Lire la suite]
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01 juin 2020

Robert Marteau (1925 – 2011) : « J’aime au linge... »

  J’aime au linge associer la guêpe Surtout si l’été fut clair et l’ombre striée Par les fentes des volets. Le sang court plus vite Dans les vaisseaux et on voit mieux les taches Sur la peau des vipères. Même les ronces deviennent Venimeuses, les femmes descendent vers la rive Et regardent dans l’eau trembler leur corps Parmi les peupliers. Le linge à cause des guêpes Se fait ruche et guêpière, lacère les hanches, Sur la mousse s’amoncelle et débordant des brouettes Livre au courant ses taches, ses lunes, ses... [Lire la suite]
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31 mai 2020

Jean Le Mauve (1939 – 2001) : Ma vie s’envaste

  Ma vie s’envaste   Je vous aime petites fleurs des champs piquées dans les poils d’herbe et vous aussi vaches à têtes carrées, grosses pâquerettes, broutant le pré qui touche au ciel, peignant un nuage avec votre queue. Je vous aime chenilles, escargots, paons du jour et vous aussi sales mouches. Je vous aime bourgeons sucrés, petites feuilles, petites flammes d’un vert pointu comme les yeux des chats et vous aussi grandes feuilles lisses comme des miroirs, et vous encore feuilles tombées, maquillées, trouées... [Lire la suite]
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26 mai 2020

Patrice de La tour Du Pin (1911 – 1975) : La traque

  La traque   J’avais suivi tes pas perdus au fond des bois, Ils menaient aux ravins gonflés par les averses, Et là, je t’ai trouvée, abattue et sans voix, Frissonnant du froid de l’aube qui transperce.   Je te caressai sur tes ailes divines... Ne tremble pas toujours entre mes bras ouverts ; Je t’ai prise, dormant comme une sauvagine Blessée, ou lasse d’avoir volé sur la mer.   Sache que c’est pour ton sourire que j’ai fui, Que je t’ai portée aux longues heures de traque, Qu’au lever de... [Lire la suite]
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25 mai 2020

Angèle Vannier (1917 – 1980) : Vent printemps

  Vent printemps   Celles qu’on éteignait celles au blanc promises Celles qu’on habillait de silence et de froid Celles qui ronronnaient des leçons bien apprises Cœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas.   Celles qu’on enfermait dans des chapelles grises Celles qu’on emmurait dans les plus hautes tours Celles qui n’attendaient qu’un signe de la brise Ont cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour.   Nous t’embrasserons trois fois sur la bouche Chevalier printemps pas très comme il... [Lire la suite]
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24 mai 2020

Louis Aragon (1897 – 1982) : Air du temps

  Air du temps   Nuage Un cheval blanc s’élève et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde à demi mort à demi endormi Est-ce que tu n’es pas fatigué des lieux communs Les gens te regardent sans rire Ils ont des yeux de verre Tu passes Tu perds ton temps. Tu passes Tu comptes jusqu’à cent et tu triches pour tuer dix secondes encore Tu étends le bras longuement pour vieillir N’aie pas peur Un jour ou l’autre il n’y aura plus qu’un jour et puis un... [Lire la suite]
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