2facb-deschamps1[1]

 

Virelai sur la tristesse du temps présent

 

Je ne voie ami n’amie

Ni personne qui bien die ;

Toute liesse défaut,

Tous cœurs ont pris par assaut

Tristesse et mélancolie.

 

Aujourd’hui n’est âme lie,

On ne chante n’esbanie (*),                 (*) ni se distrait                     

Chacun cuide (*) avoir défaut ;           (*) pense                      

Li uns a sur l’autre envie

Et médit par jonglerie,

Toute loyauté défaut ;

 

Honneur, amour, courtoisie,

Pitié, largesse est périe,

Mais convoitise est en haut

Qui fais de chacun versaut (*) ,           (*) chute, culbute                    

Dont joie est anéantie :

Je ne vois amie n’amie.

 

Trop règne dolente vie ;

Cet âge ne durra mie,

Car d’honneur à nul ne chaut ;

Connaissance est endormie,

Vaillance n’est à demie

Connue ni mise en haut.

 

Loyauté, sens, prud’homie

Ni bonté n’est remerie (*)                       (*) récompensée                    

On lève ce qui ne vaut,

Et ainsi tout perdre faut,

Par non sens et par folie.

Je ne vois ami n’amie.

Du même auteur : Suis-je, suis-je, suis-je belle ? (16/03/2020)