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Le soir du jour de fête

 

Tendre et claire est la nuit, sans un souffle,

Et calme sur les toits, au milieu des vergers,

La lune s’est posée, qui révèle au lointain

Les montagnes sereines. Ô mon amour,

Déjà se taisent les chemins, et rare

Transparaît aux volets la lampe nocturne :

Tu dors, toi que reçut le facile sommeil,

Dans tes chambres calmes, et ne t’étreint

Nul souci ; tu ne sais, tu ne penses

Quelle plaie en mon cœur tu m’ouvris.

Tu dors : moi, le ciel qui me semble

Si doux, je m’avance et le salue,

Comme l’antique Nature toute-puissante

Qui me fit à la souffrance. « A toi, l’espoir,

Je le nie, me dit-elle, jusqu’à l’espoir ; et que de rien

Tes yeux ne brillent, sinon de pleurs. »

Aujourd’hui ce fut fête : à présent, des plaisirs

Tu te reposes ; et peut-être en ton rêve

Te souvient-il de ceux qui t’admirèrent

Et de ceux qui te plurent. Moi non (non, sans espoir),

Je ne retourne pas à ta pensée. Mais je demande

Ce qu’à vivre il me reste, et sur la terre là,

Je me jette, et je crie, je frémis. Ô jours d’horreur

Dans un âge si vert ! las ! par la route

J’entends non loin le solitaire chant

De l’artisan qui rentre à la tardive nuit

Vers son humble maison, après les jeux,

Et le cœur durement se serre en moi

De penser comme tout passe au monde

Sans presque laisser d’empreintes. Il a fui,

Le jour de fête, et à ce jour succède

Un autre jour, et le temps emporte avec lui

Toute aventure humaine. Où donc a fui

Le son de ces peuples antiques ? où est le cri

De nos illustres pères, le grand empire

De Rome, et les armes, et le fracas

Qui vola sur la terre et l’océan ?

Tout est paix et silence ; repose tout entier

Le monde, et nul ne parle plus d’eux.

Dans mon enfance, quand la fête qu’on espère

Avec tant de désir s’était évanouie,

Moi, plein de douleurs, les yeux ouverts,

J’oppressais ma couche, et dans la nuit tardive,

Un chant qu’on entendait par les chemins

Mourir en se perdant peu à peu

Déjà semblablement serrait mon cœur.

 

Traduit de l’italien par Michel Orcel

Du même auteur :

A Sylvia / A Silvia (30/12/2014)

Le coucher de la lune / Il tramonto della luna (20/12/2015)

L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)

A se stesso (20/12/2018)

 

 

 

La sera del dì di festa

 

Dolce e chiara è la notte e senza vento,

E queta sovra i tetti e in mezzo agli orti

Posa la luna, e di lontan rivela

Serena ogni montagna. O donna mia,

Già tace ogni sentiero, e pei balconi

Rara traluce la notturna lampa.

Tu dormi, ché t’accolse agevol sonno

Nelle tue chete stanze, e non ti morde

Cura nessuna; e già non sai nè pensi

Quanta piaga m’apristi in mezzo al petto.

Tu dormi: io questo ciel, che si benigno

 

Appare in vista, a salutar m’affaccio,

E l’antica natura onnipossente,

Che mi fece all’affanno. « A te la speme

Nego, mi disse, anche la speme; e d’altro

Non brillin gli occhi tuoi se non di pianto. »

Questo dí fu solenne: or da’ trastulli

Prendi riposo; e forse ti rimembra

In sogno a quanti oggi piacesti, e quanti

Piacquero a te: non io, non già ch’io speri,

Al pensier ti ricorro. Intanto io chieggo

Quanto a viver mi resti, e qui per terra

Mi getto, e grido, e fremo. O giorni orrendi

In cosí verde etate! Ahi! per la via

 

Odo non lunge il solitario canto

Dell’artigian, che riede a tarda notte,

Dopo i sollazzi, al suo povero ostello;

E fieramente mi si stringe il core,

A pensar come tutto al mondo passa,


E quasi orma non lascia. Ecco è fuggito

Il dí festivo, ed al festivo il giorno

Volgar succede, e se ne porta il tempo

Ogni umano accidente. Or dov’è il suono

Di que’ popoli antichi? or dov’è il grido

De’ nostri avi famosi, e il grande impero

Di quella Roma, e l’armi, e il fragorío

Che n’andò per la terra e l’oceáno?

Tutto è pace e silenzio, e tutto posa

Il mondo, e più di lor non si ragiona.

Nella mia prima età, quando s’aspetta

Bramosamente il dí festivo, or poscia

Ch’egli era spento, io doloroso, in veglia,

Premea le piume; ed alla tarda notte

Un canto, che s’udía per li sentieri

Lontanando morire a poco a poco,

Giá similmente mi stringeva il core.

 

1820

Canti

Felice Le Monnier editore, Firenze, 1845

 

 

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