AVT_Paul-Verlaine_5646[1]

 

Colloque sentimental

 

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

 

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

 

- Te souvient-il de notre extase ancienne?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

 

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

 

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

 

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

 

 Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

 

Revue « L’Artiste », 1er juillet 1868

Ferdinand Sartorius, éditeur, Paris

 

 

Du même auteur :

« Le ciel est,  par-dessus les toits… » (25/05/2015)

« Je ne sais pourquoi… » (17/02/2016)

Chanson d’automne (17/05/2017)

L’Angoisse (17/05/2018)

« Le son du cor... » (17/05/2019)