heredia87-1[1]

Maris stella

 

 Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras 

Vêtus de laine rude ou de mince percale, 

Les femmes, à genoux sur le roc de la cale, 

Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz.

 

Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas, 

Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale, 

Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale. 

Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas !

 

Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes 

Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes 

L'Étoile sainte, espoir des marins en péril ;

 

Et l'Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hale, 

Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril 

S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.

 

 

Les Trophées,

P. Lemerre éditeur,1893

 

Du même auteur :

Les conquérants (13/05/2014)

La sieste (22/08/2016)

Armor (09/10/2017)