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Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur. 

     Nos actes s’attachent à nous comme sa lueur au phosphore. Ils nous 

consument, il est vrai, mais ils nous font notre splendeur. 

     Et si notre âme a valu quelque chose, c’est qu’elle a brûlé plus 

ardemment que quelques autres. 

      Je vous ai vus, grands champs baignés de la blancheur de l’aube ; lacs 

bleus, je me suis baigné dans vos flots – et que chaque caresse de l’air riant 

m’ait fait sourire, voilà ce que je ne me lasserai pas de te redire, Nathanaël. 

Je t’enseignerai la ferveur. 

     Si j’avais su des choses plus belles, c’est celles-là que je t’aurais dites 

– celles-là, certes, et non pas d’autres. 

 

Tu ne m’as pas enseigné la sagesse, Ménalque. 

Pas la sagesse, mais l’amour. 

 

Les Nourritures terrestres, 

Editions du Mercure de France, 1897

 

Du même auteur :

« Nathanaël, je te raconterai les sources… » (20/04/2018)

« Certes, délicieuse est la brume... » (08/05/2019)