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Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud

 

     Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Tes dix-huit ans réfractaires à

l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au

ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien

fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur

précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux,

les estaminets des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des

rusés et le bonjour des simples.

     Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible

en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme! On ne peut pas, au

sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans

changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte

des vertus qui chantent dans ses plaies.

     Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à

croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

(La Fontaine narrative)

 

Fureur et mystère

Editions Gallimard, 1948

Du même auteur :

Congé au vent (02/05/2014)

« J’ai ce matin, suivi des yeux Florence … » (02/05/2015)

« La contre-terreur c’est ce vallon… » (02/05/2016)

Se rencontrer. Paysage avec Joseph Sima (02/05/2017)

Fièvre de la Petite-Pierre d’Alsace (02/05/2018)