sapho

 

Aphrodite

 

Déesse au trône diapré, immortelle Aphrodite,

Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie :

ni tourments nauséeux , ni fléau de l’angoisse,  pour me dompter,

Souveraine, le cœur.

 

Viens à moi plutôt, si jamais autrefois,

quand je criais de loin vers toi, tu as entendu ma voix,

si tu m’as exaucée, quittant le palais de ton père

pour venir jusqu’à moi, dans l’or

 

de ton char attelé : de beaux oiseaux t’entraînaient,

des passereaux rapides, au-dessus de la terre bleu et noir,

du battement pressé de leurs ailes, depuis l’espace ouranien, au

travers de l’éther,

 

et soudain ils furent là. Et toi, ô Bienheureuse,

un sourire éclairait ton immortel visage

quand tu me demandais quel tourment de nouveau était le mien

et pourquoi de nouveau je criais vers toi,

 

et quel désir en moi devait être assouvi

en mon cœur affolé : « Quelle fille de nouveau dois-je persuader

de te séduire à elle en son spasme d’amour ? Quelle amie,

ô Sapphô, te porte préjudice ?

 

Car si elle fuit, bientôt elle sera chasseresse.

Si elle refuse les cadeaux, demain elle en offrira.

Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse,

même contre son gré. »

 

Viens à moi, et maintenant encore ! De mon cruel souci

délivre-moi ! Tous les désirs de mon cœur passionné,

accomplis-les ! Et toi-même,

sois combattante à mes côtés !

 

Traduit du grec ancien par Yves Battistini

In, Sapphô : « Odes et fragments »

Editions Gallimard (Poésie), 2005

Du même auteur :

« Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs !... » (13/04/2015)

A une aimée (13//04/2017)

Je serai toujours vierge (13/04/2018)

Nocturnes (13/04/2019)

 

 

 

εἰς Ἀφροδίτην

 

Ποικιλόθρον᾽ ἀθανάτ᾽ Ἀφρόδιτα,
παῖ Δίος δολόπλοκε, λίσσομαί σε,
μή μ᾽ ἄσαισι μηδ᾽ ὀνίαισι δάμνα,
πότνια θῦμον·

 

ἀλλὰ τύιδ᾽ ἔλθ᾽, αἴ ποτα κἀτέρωτα
τὰς ἔμας αὔδας ἀίοισα πήλοι
ἔκλυες, πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες
ἄρμ᾽ ὐπασδεύξαισα· κάλοι δέ σ᾽ ἆγον

 

ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δίννεντες πτέρ᾽ ἀπ᾽ ὠράνω αἴθε-
ρος διὰ μέσσω.
αἶψα δ᾽ ἐξίκοντο, σύ δ᾽, ὦ μάκαιρα,
μειδιαίσαισ᾽ ἀθανάτωι προσώπωι

 

ἤρε᾽, ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δηὖτε κάλημμι
κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλαι θύμωι. «τίνα δηὖτε Πείθω
μαῖσ᾽ ἄγην ἐς σὰν φιλότατα, τίς σ᾽, ὦ

 

Ψάπφ᾽, ἀδίκησι;
καὶ γὰρ αἰ φεύγει, ταχέως διώξει, αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ᾽,
ἀλλὰ δώσει, αἰ δὲ μὴ φίλει, ταχέως φιλήσει
κωὐκ ἐθέλοισα.»

 

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλέπαν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν, ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμέρρει, τέλεσον, σὺ δ᾽ αὔτα
σύμμαχος ἔσσο.