clarice-lispector[1]

Il m’est arrivé de cacher un amour par peur de le perdre,

Il m’est arrivé de perdre un amour pour l’avoir caché.

Il m’est arrivé de serrer les mains de quelqu’un par peur

Il m’est arrivé d’avoir peur au point de ne plus sentir mes mains

Il m’est arrivé de faire sortir de ma vie des personnes que j’aimais

Il m’est arrivé de le regretter

Il m’est arrivé de pleurer des nuits durant, jusqu’à trouver le sommeil

Il m’est arrivé d’être heureuse au point de pas parvenir à fermer les yeux

Il m’est arrivé de croire en des amours parfaites

Puis de découvrir qu’elles n’existent pas.

Il m’est arrivé d’aimer des personnes qui m’ont déçue.

Il m’est arrivé de décevoir des personnes qui m’ont aimée

Il m’est arrivé de passer des heures devant le miroir pour tenter de découvrir

qui je suis et d’être sure de moi au point de vouloir disparaître

Il m’est arrivé de mentir et de m’en vouloir ensuite, de dire la vérité et de

m’en vouloir aussi.

Il m’est arrivé de faire semblant de me moquer de personnes que j’aimais

avant de pleurer plus tard, en silence dans mon coin.

Il m’est arrivé de sourire en pleurant des larmes de tristesses et de pleurer

tant j’avais ri.

Il m’est arrivé de croire en des personnes qui n’en valaient pas la peine,

et de cesser de croire en ceux qui pourtant le méritaient.

Il m’est arrivé d’avoir des crises de rire quand il ne fallait pas.

Il m’est arrivé de casser des assiettes, des verres et des vases, de rage.

Il m’est arrivé de ressentir le manque de quelqu’un sans jamais le lui dire.

Il m’est arrivé de crier quand j’aurais dû me taire, de me taire quand j’aurais

dû crier.

De nombreuses fois, je n’ai pas dit ce que je pensais pour plaire à certains,

d’autres fois, j’ai dit ce que je ne pensais pas pour en blesser d’autres.

 

Il m’est arrivé de prétendre être ce que je ne suis pas pour plaire à certains,

et de prétendre être ce que je ne suis pas pour déplaire à d’autres.

 

Il m’est arrivé de raconter des blagues un peu bêtes encore et encore,

juste pour voir un ami heureux.

Il m’est arrivé d’inventer une fin heureuse à des histoires pour donner

de l’espoir à celui qui n’en avait plus.

Il m’est arrivé de trop rêver, au point de confondre le rêve et la réalité…

Il m’est arrivé d’avoir peur de l’obscurité, aujourd’hui dans l’obscurité

“je me trouve, je m’abaisse, je reste là“

Je suis déjà tombée un nombre innombrable de fois en pensant que

je ne me relèverais pas.

Je me suis relevé un nombre innombrable de fois en pensant que

je ne tomberais plus.

Il m’est arrivé d’appeler quelqu’un pour ne pas appeler celui que

je voulais appeler.

Il m’est arrivé de courir après une voiture parce qu’elle emmenait

celui que j’aimais.

Il m’est arrivé d’appeler maman au milieu de la nuit en m’échappant

d’un cauchemar.

Mais elle n’est pas apparu et le cauchemar fut pire encore.

Il m’est arrivé de donner à des proches le nom d’ami et de découvrir

qu’ils ne l’étaient pas.

D’autres en revanche, que je n’ai jamais eu besoin de nommer m’ont

toujours été et me seront toujours chers.

Ne me donnez pas de vérités, parce que je ne souhaite pas avoir

toujours raison.

Ne me montrez pas ce que vous attendez de moi parce que je vais 

suivre mon cœur !

Ne me demandez pas d’être ce que je ne suis pas, ne m’invitez pas à être

conforme, parce que sincèrement je suis différente ! Je ne sais

pas aimer à moitié, je ne sais pas vivre de mensonges, je ne sais pas 

voler les pieds sur terre. Je suis toujours moi-même mais je ne serais

pas toujours la même !

J’aime les poisons les plus lents, les boissons les plus amères, les

drogues les plus puissantes, les idées les plus folles, les pensées les plus

complexes, les sentiments les plus forts.

Mon appétit est vorace et mes délires sont les plus fous.

Vous pouvez même me pousser du haut d’un rocher, je dirai : – et alors ?

J’adore voler !

 

Traduit du portugais par Aurélie Tyszblat

 

Já escondi um amor com medo de perdê-lo,

já perdi um amor por escondê-lo.

Já segurei nas mãos de alguém por medo,

já tive tanto medo, ao ponto de nem sentir minhas mãos.

Já expulsei pessoas que amava de minha vida,

já me arrependi por isso.

Já passei noites chorando até pegar no sono,

já fui dormir tão feliz, ao ponto de nem conseguir fechar os olhos.

Já acreditei em amores perfeitos,

já descobri que eles não existem.

Já amei pessoas que me decepcionaram,

já decepcionei pessoas que me amaram.

Já passei horas na frente do espelho tentando descobrir quem sou,

já tive tanta certeza de mim, ao ponto de querer sumir.

Já menti e me arrependi depois,

já falei a verdade e também me arrependi.

Já fingi não dar importância às pessoas que amava, para mais

tarde chorar quieta em meu canto.

Já sorri chorando lágrimas de tristeza, já chorei de tanto rir.

Já acreditei em pessoas que não valiam a pena,

já deixei de acreditar nas que realmente valiam.

Já tive crises de riso quando não podia.

Já quebrei pratos, copos e vasos, de raiva.

Já senti muita falta de alguém, mas nunca lhe disse.

Já gritei quando deveria calar, já calei quando deveria gritar.

Muitas vezes deixei de falar o que penso para agradar uns,

outras vezes falei o que não pensava para magoar outros.

Já fingi ser o que não sou para agradar uns,

já fingi ser o que não sou para desagradar outros.

Já contei piadas e mais piadas sem graça, apenas para ver

um amigo feliz.

Já inventei histórias com final feliz para dar esperança a

quem precisava.

Já sonhei demais, ao ponto de confundir com a realidade…

Já tive medo do escuro, hoje no escuro « me acho, me agacho,

fico ali ».

Já cai inúmeras vezes achando que não iria me reerguer,

já me reergui inúmeras vezes achando que não cairia mais.

Já liguei para quem não queria apenas para não ligar para quem

realmente queria.

Já corri atrás de um carro, por ele levar embora, quem eu amava.

Já chamei pela mamãe no meio da noite fugindo de um pesadelo.

Mas ela não apareceu e foi um pesadelo maior ainda.

Já chamei pessoas próximas de « amigo » e descobri que não eram…

Algumas pessoas nunca precisei chamar de nada e sempre foram e

serão especiais para mim.

 

Não me dêem fórmulas certas, porque eu não espero acertar sempre.

Não me mostre o que esperam de mim, porque vou seguir meu coração!

Não me façam ser o que não sou, não me convidem a ser igual, porque

sinceramente sou diferente!

Não sei amar pela metade, não sei viver de mentiras, não sei voar com

os pés no chão.

Sou sempre eu mesma, mas com certeza não serei a mesma pra SEMPRE!

Gosto dos venenos mais lentos, das bebidas mais amargas, das drogas

mais poderosas, das idéias mais insanas, dos pensamentos mais

complexos, dos sentimentos mais fortes.

Tenho um apetite voraz e os delírios mais loucos.

Você pode até me empurrar de um penhasco que eu vou dizer:

- E daí? Eu adoro voar !

Poème suivant en portugais :

Pessoa (Fernando) : A la veille de ne jamais partir /Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)