Hirsh Glick (1922 – 1944) : Laisse-moi me taire
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Chansons populaires de Hirsh Glick
Laisse-moi me taire
Laisse-moi, laisse-moi me taire,
Que cessent les mots
Laisse-moi dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Nul ne peut, ni gardes en armes
Grille ou barbelés,
Nul ne peut interdire aux larmes
Tout bas de couler.
Pareils aux arbres de silence,
Vent, ne nous évite,
Mais qu’avec toi nos vœux s’élancent
Vers d’autres zéniths.
Va ton chemin, brise légère,
Va sans trop flâner
Pour porter à ma vielle mère
Mes tendres pensées.
Parmi les yeux de millions d’êtres,
Ceux de ma maman
Tu sauras bien les reconnaître ;
Ils sont différents.
Nul vent ne sèche la rosée
A ses yeux brûlants,
Elle pleure, martyrisée
Son fils dans un camp.
Va vite, vent, je lui envoi
Un signe d’amour,
Que ses yeux malades revoient
Son fils, de retour.
Et le vent murmure : est-ce un rire
Ou, secret, un pleur ?
De ma fin déjà, veut-il dire
Qu’ici sonne l’heure ?
Ecoute encore, vent, écoute
Au cœur un sanglot.
Mais le vent a fui sur la route
Et plus un écho.
Maintenant laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-mot dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Traduit du yiddish par Charles Dobzynski
In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple »
Editions Gallimard (Poésie), 2000
Du même auteur : Nous sommes là (22/10/2024)