05 juillet 2019

René Daumal (1908 – 1944) : Le grand jour des morts

  Le grand jour des morts   La nuit, la terreur, à cent pas sous terre, les caveaux sans espoir, la peur dans la moelle et le noir dans l'œil — l'appel de l'étoile meurt au bord du puits — et ces mains, ta détresse blanche dans la brume glacée du fond de toute la vie, dans la détresse blanche de ces mains qui seront les miennes un jour, tellement je les aurai aimées.   Ne t'échappe pas, me dit la lumière — celle qui éclate partout ici, mais légère sur l'épaisseur aveugle qu'elle enferme et vaine ;... [Lire la suite]
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05 juillet 2018

René Daumal (1908 – 1944) : Fièvre blanche

  Fièvre blanche   Avant que l’éveil n’ait mis sa griffe sur ce front qui dort fermé sur des feux, sur des nuits et sur des poisons chanteurs, j’aurais plongé dans la mare sans rides.   Celui qui bat dans la poitrine, le soleil monte le long du dos jusqu’à l’éclat bleu dans la nuit, jusqu’aux signes soudain du silence du souffle épuisé dans la tête ;   jusqu’aux mots du phosphore si peu brillants, si peu bruyants et sans éclat, mais sûrs, plus sûrs qu’un acier dans la gorge, plus sûrs que... [Lire la suite]
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04 juillet 2017

René Daumal (1908 – 1944) : La seule

    La seule   Je connais déjà ta saveur, je connais l’odeur de ta main, maîtresse de la peur, maîtresse de la fin.   J’ai touché déjà tes os à travers la chair sans âge pétrie d’insectes millénaires et de calices de fleurs futures.   J’ai dormi depuis les déluges, j’ai dormi au fond de toi, sur ton épaule, j’ai dormi sans nom – ta poitrine n’a pas changé, l’air de la vie n’a plus le nerf de m’éveiller – ne me nomme jamais, ne me réveille pas ; tes poumons immobiles ont désappris aux... [Lire la suite]
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05 juillet 2016

René Daumal (1908 – 1944) : Mémorables

  Mémorables      Souviens-toi : de ta mère et de ton père, et de ton premier mensonge, dont l’indiscrète odeur rampe dans ta mémoire.      Souviens-toi de ta première insulte à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit une.      Souviens-toi des soirs de terreurs où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la... [Lire la suite]
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05 juillet 2015

René Daumal (1908 - 1944) : Nénie

Nénie    Ne parlez plus des plaines avec cette tendresse ne parlez plus des neiges, ne parlez plus du cœur laissez s'échauffer les vins vénéneux entre les paumes de la vie, ne parlez plus des mers en remuant le cœur, ne parlez plus des fleuves, laissez sécher vos lèvres et laissez se glacer le sang des vieux désirs entre vos mâchoires de mort, ne parlez plus du ciel en palpitant des lèvres, ne parlez plus du vent, laissez la nuit grossir, laissez la nuit s'engraisser de vos souffles auprès des trous de vos... [Lire la suite]
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05 juillet 2014

René Daumal (1908 – 1944) : Poème à Dieu et à l’homme

  Poème à Dieu et à l’homme   Dieu, Dieu, d'abord ce n'est pas à toi Dieu, ce n'est pas à Dieu que je parle, Dieu, je parle à ton inexistence, je lance droit mes yeux comme des pierres non pas sur toi, je lance droit mes deux yeux vers tout endroit, droit vers tout endroit où tu n'es pas comme des pierres lancées mais dans le vide comme des balles perdues   je lance ma voix comme une pierre vers tout endroit, tout droit vers tout endroit où tu n'es pas, je lance ma voix dans tout l'espace, mais, Dieu, ... [Lire la suite]
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