30 avril 2022

Marc Chagall (1887 – 1985) : Ton appel

Autoportrait avec palette.   Ton appel   Je ne sais pas si j’ai vécu. Je ne sais pas Si je vis. Je regarde le ciel Et je ne reconnais pas le monde.   Mon corps s’en va vers la nuit, L’amour, les fleurs des images D’un sens à l’autre m’appellent.   Ne laisse pas ma main privée de bougie Quand ma chambre s’obscurcira. Comment dans la blancheur verrai-je ton éclat ?   Ton appel comment l’entendrai-je Quand je resterai seul sur mon lit Quand mon corps connaîtra le silence et le froid ? ... [Lire la suite]
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30 novembre 2021

Reizl Zychlinski / Rajzla Żychlińska (1910 – 2001) : Avril

  Avril   Avril La jeune verdure Ne sait pas encore Ce qu’elle désire Comment fleurir Rouge Blanche S’envoler peut-être ? Elle s’éprend, la nuit, De chaque étoile Et le matin La trouve roide, Gelée. Avril.   Traduit du yiddish par Charles Dobzynski In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple » Editions Gallimard (Poésie), 2000
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18 août 2021

Kadia Molodowski (1894 – 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Dans la forêt

  Dans la forêt   En haut sont proches les couronnes, Les troncs – chacun pour soi – sont éblouis. En haut s’enlacent les couronnes : Sous terre d’aveugles racines luttent pour la sève et la pluie.   En haut, baignées de soleil les couronnes ; L’ombre sur les troncs tombe et disparaît. En haut l’oiseau chante dans les couronnes : Sous terre des doigts aveugles creusent la forêt.   En haut avec le vent jouent les couronnes, Les troncs brisent le grondement. En haut avec le ciel... [Lire la suite]
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06 août 2021

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Automne tsigane

  Automne tsigane   Sur ses sabots d’or galope l’automne et bat son tambour, Et palpe le vent, doigts ensanglantés, la plaine alentour, Chante à travers champs sa vieille balade – elle est ivre morte.   Tsiganes blottis, pareils aux moutons serrés en cohorte, Devant le brasier du couchant qui souffle un vol d’étincelles, Echoppe-tristesse où sanglote un cœur et sa mort ruisselle.   Un tsigane âgé portant des anneaux d’argent aux oreilles, D’un coup de couteau sa tristesse fend, si grise et si vieille,... [Lire la suite]
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30 avril 2021

Marc Chagall (1887 – 1985) : Vers de hautes portes

  Vers de hautes portes   Seul est mien ce pays Qui se trouve en mon âme ; Comme un familier, sans papiers, Je m’y rends. Il voit ma tristesse et ma solitude, Il me couche pour m’endormir, Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.   Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées, En moi mes propres rues s’étendent. Les maisons manquent Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines, Leurs habitants s’égarent dans les airs, Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.   Voici... [Lire la suite]
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18 août 2020

Kadia Molodowski (1894 – 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Une prière

   Une prière   Je me réveille à l’aube et ma prière Est un poison amer. J’appelle le déluge une nouvelle fois A projeter plus haut que les tours et les toits Tous les flots de la mer, Que ne puise voguer nulle arche secourable.   O ! comme il sera bon le frôlement glacé De la mort. Peut-être éteindra -t-il la souffrance amassée Dans nos corps, Les décombres du cœur, la honte de mâcher Le pain, au bord Des cendres par monceaux de nos frères et sœurs.   O ! comme il sera bon de... [Lire la suite]
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07 août 2020

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Prière à soi-même

Prière à soi-même   A moi-même ainsi qu’à un étranger je colle mon oreille, Et mes yeux débordants de visions chantantes, Je me ramifie dans tes profondeurs comme les veines dans le marbre : Par qui tous tes secrets furent-ils ensevelis ? Pour qui la musique de tes secrets non révélés ? Musique de mains et de lèvres. Sons-symboles dans les ténèbres. Musique de pluie, d’arc-en-ciel. Plus loin, plus loin, plus loin...   Tu es ruche que le feu cerne et je ne puis m’en approcher. Tu me nourris du... [Lire la suite]
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25 mars 2020

Chaïm-Nahman Bialik (1873 – 1934) / חיים נחמן ביאליק : La ville du massacre

  La ville du massacre   Dans le fer, dans l’acier, glacé, dur et muet, Forge un cœur et qu’il soit le tien, homme, et viens ! Viens dans la ville du massacre, il te faut voir Avec tes yeux, éprouver de tes propres mains Sur les grillages, les piquets, les portes et les murs, Sur le pavé des rues, sur la pierre et le bois, L’empreinte brune et desséchée du sang, de la cervelle, Empreinte de tes frères, de leurs têtes, de leurs gorges. Il te faut t’égarer au milieu des décombres, Parmi les murs béants,... [Lire la suite]
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19 août 2019

Kadia Molodowski (1894 – 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Dieu de miséricorde

  Dieu de miséricorde   Dieu de miséricorde, Choisis un autre peuple Elu. Nous sommes las de mourir, d’être morts Et nous n’avons plus de prières, Choisis un autre peuple Elu. Nous n’avons plus assez de sang Pour être des victimes. Notre demeure est devenue un désert Et la terre pour nous est avare de tombes, Plus de Livre pour nous des Lamentations Plus de complaintes Dans les vieux livres saints.   Dieu de miséricorde, Sanctifie un autre pays, Un autre mont. Nous avons dispersé notre cendre... [Lire la suite]
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16 août 2019

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Les gazelles de Yamsuf

    Les gazelles de Yamsuf   S’obstine le soleil couchant, astre tenace, Demeurer à Yamsuf, quand surgissent le soir Vers le palais des eaux les gazelles, de grâce Et de rose innocent, pour apaiser leur soif.   De leurs ombres de soie se défont sur la rive Et lèchent à Yamsuf des anneaux de fraîcheur. Longs visages de violons. Il leur arrive D’épouser le silence en noces de douceur.   A la fin elles fuient. Des taches roses sèchent Dans le sable, un regret qui survit au reflux Suit les... [Lire la suite]
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