20 juin 2015

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Ajournement / Adiamento

  Ajournement   14 avril 1928.   Après demain, oui, après-demain seulement... Je passerai la journée de demain à penser à après-demain, et ainsi ce sera possible ; mais pas aujourd’hui... Non, aujourd’hui pas moyen ; impossible aujourd’hui. La persistance confuse de ma subjectivité objective, le sommeil de ma vie réelle, intercalé, la lassitude anticipée et infinie, un monde de lassitude pour prendre un tram... cette espèce d’âme... ... [Lire la suite]
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24 octobre 2014

Antonio José Da Silva (1705 – 1739) : Le mort vivant

Le mort vivant   Je suis, ô Taramelle, un vivant mort, Car pour toi je m’imagine mort et vivant, Mais ne croit pas que je vis parce que je suis vivant, Puisque, bien que vivant, je suis mort.   Dans la fosse de ton dédain, tu m’enterres mort, Par un signe de ta faveur, tu me ranimes vivant. Si tu me caresses, je m’éveille comme un vivant, Si tu me repousses, je me refroidis comme un mort.   Dans ce combat, tantôt mort, tantôt vivant, Dans la vie, par une faveur, tu me ranimes mort, Dans la mort, par un... [Lire la suite]
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02 septembre 2014

Antonio Ramos Rosa (1924- 2013) : La femme dilacérée / A mulher dilacerada

La femme dilacérée Tu avais le goût de la terre sombre et de l'amère écume d'un arbre. J'ai découvert ton visage sali travaillé par le vent et les marées noires. Un tournesol nuageux te faisait de l'ombre. Ton visage se penchait sur une épaule matinale dilacérée. Tes jambes fermes étaient d'atroces nerfs enracinés dans la pierre. Sur tes seins neutres rebondissaient les vagues lourdes et les métaux furieux. Le monde s'était obscurci dans tes hanches dilacérées Tel un oiseau nocturne en des miroirs abolis tu... [Lire la suite]
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20 juin 2014

Fernando Pessoa (1888 -1935) : À la veille de ne jamais partir / Na véspera de não partir nunca

27 septembre 1934   A la veille de ne jamais partir du moins n’est-il besoin de faire sa valise ou de jeter des plans sur le papier, avec tout le cortège involontaire des oublis pour le départ encore disponible du lendemain. Le seul travail, c’est de ne rien faire à la veille de ne jamais partir. Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules devant tout cela, d’avoir pensé le tout et d’avoir de propos délibéré atteint le... [Lire la suite]
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