20 juin 2020

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XXXI - XLIX)

  XXXI Si je dis parfois que les fleurs sourient et s’il m’advient de dire que les fleuves chantent, ce n’est pas que je croie qu’il y ait dans les fleurs des sourires et dans le cours des fleuves des chansons... C’est parce que ainsi je fais sentir davantage aux hommes faux l’existence authentiquement réelle des fleuves et des fleurs...   Comme j’écris pour qu’ils me lisent je me sacrifie parfois à la grossièreté de leurs réactions... Je suis en désaccord avec moi-même, mais je m’absous, parce que je suis... [Lire la suite]
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05 avril 2020

Herberto Helder (1930 -2015) : Elégie multiple (1,3)

    Elégie multiple   1 Ta noble tête, comment se déferait-elle en moi, cette tour éblouie par la chaleur muette des jours, l’éclat du gel nocturne ? C’est par la tête que les morts merveilleusement pèsent sur notre cœur. Ces fleurs intangibles auxquelles nous tremblons de sourire, les armes ciselées, le tressaillement des lyres fléchies sur les fleuves impétueux des choses. Seul l’amour les ouvre, dévoilant leurs géographie confuse et grave, les sources sauvages d’où foisonnent les pensées comme... [Lire la suite]
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19 février 2020

António Ramos Rosa (1924 – 2013) : « Je ne peux remettre l’amour... » / « Não posso adiar o amor... »

  Je ne peux remettre l’amour à un autre siècle je ne peux pas même si le cri s’étrangle dans ma gorge même si la haine éclate crépite brûle sous des montagnes grises et des montagnes grises   Je ne peux ajourner cette étreinte qui est une arme au double tranchant d’amour et de haine   Je ne peux rien ajourner même si la nuit pèse des siècles sur mes épaules même si tarde l’aurore indécise je ne peux remettre ma vie à un autre siècle ni mon amour ni mon cri de libération   Non je ne peux... [Lire la suite]
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31 décembre 2019

Casimiro de Brito (1938 -) : « Assis dans la mer... » / « Sentado no mar... »

    Assis dans la mer qui s’assied à tes pieds tu caresses un chien sur la plage déserte. La mémoire s’insinue en mots que tu ne sais pas déchiffrer ; sable tissé dans un alphabet rigoureux. Tu respires l’océan qui fluctue dans le fil du regard, dans les bateaux qui brillent sur la toile des eaux. La lumière en cascade. Les rets de la mort sacralisés en chaque mouvement.   Traduit du portugais par Michelle Giudicelli in, « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard... [Lire la suite]
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20 juin 2019

Fernando Pessoa (1888 - 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XI-XXX)

  XI Cette dame à un piano qui est agréable mais qui n’est pas le cours des fleuves ni le murmure que font les arbres...   Pourquoi faut-il qu’on ait un piano ? Le mieux est qu’on ait des oreilles et qu’on aime la Nature.   XII Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d’autres instruments et chantaient d’amour littérairement. (Ensuite – moi je n’ai jamais lu Virgile et pourquoi donc l’aurais-je lu ?)   Mais les bergers de Virgile, les pauvres, sont Virgile, et la Nature est aussi... [Lire la suite]
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05 avril 2019

Herberto Helder (1930 – 2015) : Source (2,3,6)

  Source  2 La pluie cingle en gouttes légères le sourire dément des mères. Cinglent sans fin leurs visages chéris, déments, les doigts jaunes des bougies. Qui oscillent. Qui sont pures. Gouttes et bougies pures. Et les mères s’approchent, soufflent sur les doigts froids. Leur corps s’anime sous l’action des os filiaux, de leurs tendons, leurs organes immergés, et les calmes mères intrinsèques s’assoient sur les têtes filiales. Elles restent assises dans ce long silence empressé, voyant tout, brûlant,... [Lire la suite]
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07 mars 2019

Jorge de Sena (1919 – 1978) : Je sais le sel / Conheço o sal

  Je sais le sel   Je sais le sel de ta peau sèche depuis que l’été s’est fait hiver de la chair au repos dans la sueur nocturne.   Je sais le sel du lait que nous avons bu quand de nos bouches les lèvres se resserraient et que notre cœur battait dans notre sexe.   Je sais le sel de tes cheveux noirs ou blonds ou gris qui s’enroulent dans ce sommeil aux reflets bleutés.   Je sais le sel qui reste dans mes mains comme sur les plages reste le parfum quand la marée descendue se... [Lire la suite]
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19 février 2019

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : La maison / A casa

  La maison   Un souffle apaisé dans la pénombre de bois. La maison s’est endormie, elle vit dans une tranquille pulsation. J’entends le martèlement léger des touches de l’ombre. Un plat en cuivre brille vertical dans l’obscurité. La table est ronde, claire, cercle de l’harmonie. Sur un mur glissent de scintillantes arabesques. Le temps secrète des syllabes d’argile et d’écume.   Traduit du portugais par Michel Chandeigne in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard... [Lire la suite]
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20 juin 2018

Fernando Pessoa : (1888 - 1935) : « Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... »

  Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte, où les choses ont toute la réalité dont elles portent le pouvoir, je me demande à moi-même tout doucement pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer aux choses de la beauté.   De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle ? Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté ? Non : ils ont couleur et forme et existence tout simplement. La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas et que je donne aux choses en fonction du... [Lire la suite]
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02 septembre 2017

Antonio Ramos Rosa (1924 -2013) : Un homme obscur dans une ville lumineuse / Um homem obscuro numa cidade luminosa

  Un homme obscur dans une ville lumineuse        Cet homme, qui vient de sortir d’une porte de pierre est un animal au cœur blessé, aux yeux embués, à la démarche vacillante. La lumière est pour lui trop intense parce qu’il la voit à travers les fleuves souterrains du sommeil. Les regards de la foule le maintiennent dans une terreur nocturne et ses épaules se soulèvent dans la prison de leurs muscles. Escarpés et sinueux, tous les chemins descendent vers le fleuve. Là, près de deux colonnes,... [Lire la suite]
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