20 juin 2019

Fernando Pessoa (1888 - 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XI-XXX)

  XI Cette dame à un piano qui est agréable mais qui n’est pas le cours des fleuves ni le murmure que font les arbres...   Pourquoi faut-il qu’on ait un piano ? Le mieux est qu’on ait des oreilles et qu’on aime la Nature.   XII Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d’autres instruments et chantaient d’amour littérairement. (Ensuite – moi je n’ai jamais lu Virgile et pourquoi donc l’aurais-je lu ?)   Mais les bergers de Virgile, les pauvres, sont Virgile, et la Nature est aussi... [Lire la suite]
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05 avril 2019

Herberto Helder (1930 – 2015) : Source

  Source  2 La pluie cingle en gouttes légères le sourire dément des mères. Cinglent sans fin leurs visages chéris, déments, les doigts jaunes des bougies. Qui oscillent. Qui sont pures. Gouttes et bougies pures. Et les mères s’approchent, soufflent sur les doigts froids. Leur corps s’anime sous l’action des os filiaux, de leurs tendons, leurs organes immergés, et les calmes mères intrinsèques s’assoient sur les têtes filiales. Elles restent assises dans ce long silence empressé, voyant tout, brûlant,... [Lire la suite]
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07 mars 2019

Jorge de Sena (1919 – 1978) : Je sais le sel / Conheço o sal

  Je sais le sel   Je sais le sel de ta peau sèche depuis que l’été s’est fait hiver de la chair au repos dans la sueur nocturne.   Je sais le sel du lait que nous avons bu quand de nos bouches les lèvres se resserraient et que notre cœur battait dans notre sexe.   Je sais le sel de tes cheveux noirs ou blonds ou gris qui s’enroulent dans ce sommeil aux reflets bleutés.   Je sais le sel qui reste dans mes mains comme sur les plages reste le parfum quand la marée descendue se... [Lire la suite]
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19 février 2019

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : La maison / A casa

  La maison   Un souffle apaisé dans la pénombre de bois. La maison s’est endormie, elle vit dans une tranquille pulsation. J’entends le martèlement léger des touches de l’ombre. Un plat en cuivre brille vertical dans l’obscurité. La table est ronde, claire, cercle de l’harmonie. Sur un mur glissent de scintillantes arabesques. Le temps secrète des syllabes d’argile et d’écume.   Traduit du portugais par Michel Chandeigne in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard... [Lire la suite]
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20 juin 2018

Fernando Pessoa : (1888 - 1935) : « Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... »

  Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte, où les choses ont toute la réalité dont elles portent le pouvoir, je me demande à moi-même tout doucement pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer aux choses de la beauté.   De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle ? Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté ? Non : ils ont couleur et forme et existence tout simplement. La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas et que je donne aux choses en fonction du... [Lire la suite]
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02 septembre 2017

Antonio Ramos Rosa (1924 -2013) : Un homme obscur dans une ville lumineuse / Um homem obscuro numa cidade luminosa

  Un homme obscur dans une ville lumineuse        Cet homme, qui vient de sortir d’une porte de pierre est un animal au cœur blessé, aux yeux embués, à la démarche vacillante. La lumière est pour lui trop intense parce qu’il la voit à travers les fleuves souterrains du sommeil. Les regards de la foule le maintiennent dans une terreur nocturne et ses épaules se soulèvent dans la prison de leurs muscles. Escarpés et sinueux, tous les chemins descendent vers le fleuve. Là, près de deux colonnes,... [Lire la suite]
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20 juin 2017

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (I -X)

  Le gardeur de troupeaux  I  Jamais je n’ai gardé de troupeaux, Mais c’est tout comme si j’en  gardais. Mon âme est semblable à un pasteur, elle connait le vent et le soleil et elle va la main dans la main avec les Saisons, suivant sa route et l’œil ouvert. Toute la paix d’une Nature dépeuplée auprès de moi vient s’asseoir. Mais je suis triste ainsi qu’un coucher de soleil est triste selon notre imagination, quand le temps fraîchit au fond de la plaine et que l’on sent la... [Lire la suite]
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02 septembre 2016

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se apaga

  Quand la lumière s’efface… A Yves Bonnefoy   Quand la lumière s’efface presque complètement quand les lumières respirent encore quand les drapeaux s’inclinent quand les homme se taisent quand l’esprit se meut lentement dans le silence quand la mer et le soleil se conjuguent dans la nuit à travers les ombres qui respirent quand la lumière efface en toi la dernière lueur du jour et que tu entres dans le silence de la nuit avec le soleil sous les eaux dans le silence de la nuit.   Traduit  du... [Lire la suite]
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20 juin 2016

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Passage des heures / Passagem das horas

  Passage des heures 25 mai 1916 Je porte dans mon cœur comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein, tous les lieux que j’ai hantés, tous les ports où j’ai abordé, tous les paysages que j’ai vus par des fenêtres ou des hublots, ou des dunettes, en rêvant, et tout cela, qui n’est pas peu, est infime au regard de mon désir.   L’entrée de Singapour, au petit jour, de couleur verte, le corail des Maldives dans la touffeur de la traversée, Macao à une heure du matin… Tout à coup je m’éveille… ... [Lire la suite]
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02 septembre 2015

Antonio Ramos Rosa (1924- 2013) : Une voix / Uma voz

  Une voix   Je veux appartenir à la voûte obscure comme un amant désarmé, devenir le souffle du silence sur les épaules des nuages. Je veux adhérer à l’ombre des paroles du feuillage et comprendre la terre dans la soie farouche du désir.   Traduit  du portugais par Michel Chandeigne, in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard (Poésie), 2010 Du même auteur : La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014) Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se... [Lire la suite]
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