31 décembre 2021

Casimiro de Brito (1938 -) : Amour solaire / Amor solar

  Amour solaire   Lassé des hommes j’écarte les nuages Cherchant un arbre où je pourrais Boire en paix et en paix Edifier mon nid. Là Sur le tronc le plus silencieux de la grande maison Je ne suis citoyen d’aucun pays Ni père d’aucune famille Je suis simplement le plus humble chien Du monde existant au-delà du monde Où l’on mesure au millimètre près Le bien et le mal. Mais je ne suis plus Dans cette cour je me suis éloigné Quand j’ai perdu le sens exact du poids Et des mesures – quand quelqu’un m’a dit Et... [Lire la suite]
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26 décembre 2021

Gastão Cruz (1941 -) : Dans la lumière de l’été / Na luz do verão

  Dans la lumière de l’été   Sonne, clairon, sonne encore Il ne t’entend pas celui qui est perdu dans l’océan au milieu   des coraux Chaque vague soulève son dos très haut Ta voix ne s’entend même plus à présent   dans le chuintement de l’écume La lumière qui te porte est mortelle   Traduit du portugais par Michelle Giudicelli in, Gastão Cruz : « Les pierres noires » L’Escampette éditeur, 1999     Na luz do verão Clarim toca de novo Não te ouve Quem está no... [Lire la suite]
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10 décembre 2021

Nuno Júdice (1949 -) : Le poids du monde

    Le poids du monde   Je pourrais me libérer du poids du monde dans tes bras, je pourrais l’ôter de mon crâne, le jeter dans un coin au fin fond de l’appartement ; je pourrai rester près de toi, dans la légèreté de ton corps, à l’écoute de la chute du temps dans une clepsydre invisible.   Le monde, cependant, insiste auprès de moi. Il est là, au fond de l’appartement, avec sa pesanteur. Il attend que quelqu’un le prenne et redescende l’escalier, courbé, comme si tout ce que nous avions à faire... [Lire la suite]
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20 juin 2021

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le pasteur amoureux / O pastor amoroso

Billet de banque portugais, 1987 (Collection Joinville / akg-images)     Le pasteur amoureux   Au temps où je ne t’avais pas, j’aimais la Nature ainsi qu’aime le Christ un moine calme... Maintenant j’aime la Nature ainsi qu’un moine calme aime la Vierge Marie, religieusement, à ma façon, comme auparavant, mais d’une autre manière plus émue et plus proche... Je vois mieux les rivières quand je vais avec toi à travers champs jusqu’à la berge des rivières ; assis à tes côtés observant les nuages, je les... [Lire la suite]
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04 avril 2021

Herberto Helder (1930 – 2015) : Lettre de la passion / A carta da paixão

Lettre de la passion     Cette main qui trace l’ardente mélancolie de l’âge est aussi celle qui serpente aux sources de la tête, qui ouverte à l’image du monde entre les deux tempes attise le cœur somptueux. La démence sillonne sa brûlure des recoins de noirceur où se forment les saisons jusqu’au faîte, dans les soies qui glissent avec la largeur fluviale de la lumière et son écume, ou de la nuit et ses nébuleuses et le silence tout blanc. Les doigts. La montagne marche sur le cœur qui s’illumine :... [Lire la suite]
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25 février 2021

Helder Moura Pereira (1949 -) : J’entends mes pas

  J’entends mes pas, le bruit filtré par les feuilles des arbres entre les grilles qui empêchent de voir. La faible lumière à claire-voie et les ombres guident le visage, je touche des objets qui appartiennent au voisinage du corps. J’éteins doucement toutes les lumières de la maison et je dis : mon ami. Les mots rappellent la voix, la voix les mots, je demande quel temps était celui-là, comment en tuer la raison,  dont j’ai usé le silence féroce. Je brise sur la table la mine des crayons, je range ... [Lire la suite]
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18 février 2021

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : Un astre

    Un astre   Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue incohérence de la parole. Entends la terre taciturne. Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable. Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?   Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui reconnaît l’équilibre des évidences sereines ? Ces mots ont une odeur de portes souterraines. Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ? Comment... [Lire la suite]
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31 décembre 2020

Casimiro de Brito (1938 -) : Dimanche / Domingo

 Dimanche   Je m’assieds au bord de la ville et j’entends La rumeur du sang l’érosion de l’argile Comme si tout ce mystère n’était rien d’autre que La mer Devant mon corps assis La musique la lumière matérielle où tout est moi où tout m’est donné Et rigoureusement refusé. On entend   L’air. Je m’assieds dans la ville et j’entends La rumeur de ses os et je ne ressens ni peur Ni désir si je pensais si je désirais Je ne serais pas ici silencieusement assis A côté de ce corps où celui que je suis dans... [Lire la suite]
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23 décembre 2020

Luís Vaz de Camões (1524 – 1580) : « Amour est feu qui brûle... » / « Amor é fogo que arde... »

  Amour est feu qui brûle et qu’on ne voit ;      Plaie qui fait mal sans qu’on le sente ; Contentement qui mécontente ;      Douleur qui vous égare et qui ne poind ;   C’est non-vouloir plus grand que le vouloir ;      C’est être seul chez les nombreux ;      C’est le bonheur sans être heureux ; C’est croire que l’on gagne alors qu’on perd.   C’est librement vouloir être en prison, ... [Lire la suite]
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11 décembre 2020

Nuno Júdice (1949 -) : Une ode terrestre / Uma ode terrestre

  Une ode terrestre   Ce sont ces bateaux qui traversent la pluie, avec l’indécision de leurs coques, leurs cales humides après les pôles et les moussons, mâts brisés au passage des caps, blessures de phare sur le visage des figures de proue, qui sortent d’un brouillard de cigarettes, quand je demande l’heure au serveur derrière son zinc,  et les marins morts s’éloignent, cachant des montres dans la chair putréfiée de leurs poignets, montant vers cette chambre où les tentures déchirées servent à recouvrir... [Lire la suite]
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