25 février 2021

Helder Moura Pereira (1949 -) : J’entends mes pas

  J’entends mes pas, le bruit filtré par les feuilles des arbres entre les grilles qui empêchent de voir. La faible lumière à claire-voie et les ombres guident le visage, je touche des objets qui appartiennent au voisinage du corps. J’éteins doucement toutes les lumières de la maison et je dis : mon ami. Les mots rappellent la voix, la voix les mots, je demande quel temps était celui-là, comment en tuer la raison,  dont j’ai usé le silence féroce. Je brise sur la table la mine des crayons, je range ... [Lire la suite]
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18 février 2021

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : Un astre

    Un astre   Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue incohérence de la parole. Entends la terre taciturne. Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable. Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?   Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui reconnaît l’équilibre des évidences sereines ? Ces mots ont une odeur de portes souterraines. Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ? Comment... [Lire la suite]
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31 décembre 2020

Casimiro de Brito (1938 -) : Dimanche / Domingo

  Dimanche   Je m’assieds au bord de la ville et j’entends La rumeur du sang l’érosion de l’argile Comme si tout ce mystère n’était rien d’autre que La mer Devant mon corps assis La musique la lumière matérielle où tout est moi où tout m’est donné Et rigoureusement refusé. On entend   L’air. Je m’assieds dans la ville et j’entends La rumeur de ses os et je ne ressens ni peur Ni désir si je pensais si je désirais Je ne serais pas ici silencieusement assis A côté de ce corps où celui que je suis dans... [Lire la suite]
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23 décembre 2020

Luís Vaz de Camões (1524 – 1580) : « Amour est feu qui brûle... » / « Amor é fogo que arde... »

  Amour est feu qui brûle et qu’on ne voit ;      Plaie qui fait mal sans qu’on le sente ; Contentement qui mécontente ;      Douleur qui vous égare et qui ne poind ;   C’est non-vouloir plus grand que le vouloir ;      C’est être seul chez les nombreux ;      C’est le bonheur sans être heureux ; C’est croire que l’on gagne alors qu’on perd.   C’est librement vouloir être en prison, ... [Lire la suite]
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11 décembre 2020

Nuno Júdice (1949 -) : Une ode terrestre / Uma ode terrestre

  Une ode terrestre   Ce sont ces bateaux qui traversent la pluie, avec l’indécision de leurs coques, leurs cales humides après les pôles et les moussons, mâts brisés au passage des caps, blessures de phare sur le visage des figures de proue, qui sortent d’un brouillard de cigarettes, quand je demande l’heure au serveur derrière son zinc,  et les marins morts s’éloignent, cachant des montres dans la chair putréfiée de leurs poignets, montant vers cette chambre où les tentures déchirées servent à recouvrir... [Lire la suite]
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20 juin 2020

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XXXI - XLIX)

  XXXI Si je dis parfois que les fleurs sourient et s’il m’advient de dire que les fleuves chantent, ce n’est pas que je croie qu’il y ait dans les fleurs des sourires et dans le cours des fleuves des chansons... C’est parce que ainsi je fais sentir davantage aux hommes faux l’existence authentiquement réelle des fleuves et des fleurs...   Comme j’écris pour qu’ils me lisent je me sacrifie parfois à la grossièreté de leurs réactions... Je suis en désaccord avec moi-même, mais je m’absous, parce que je suis... [Lire la suite]
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05 avril 2020

Herberto Helder (1930 -2015) : Elégie multiple (1,3)

    Elégie multiple   1 Ta noble tête, comment se déferait-elle en moi, cette tour éblouie par la chaleur muette des jours, l’éclat du gel nocturne ? C’est par la tête que les morts merveilleusement pèsent sur notre cœur. Ces fleurs intangibles auxquelles nous tremblons de sourire, les armes ciselées, le tressaillement des lyres fléchies sur les fleuves impétueux des choses. Seul l’amour les ouvre, dévoilant leurs géographie confuse et grave, les sources sauvages d’où foisonnent les pensées comme... [Lire la suite]
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19 février 2020

António Ramos Rosa (1924 – 2013) : « Je ne peux remettre l’amour... » / « Não posso adiar o amor... »

  Je ne peux remettre l’amour à un autre siècle je ne peux pas même si le cri s’étrangle dans ma gorge même si la haine éclate crépite brûle sous des montagnes grises et des montagnes grises   Je ne peux ajourner cette étreinte qui est une arme au double tranchant d’amour et de haine   Je ne peux rien ajourner même si la nuit pèse des siècles sur mes épaules même si tarde l’aurore indécise je ne peux remettre ma vie à un autre siècle ni mon amour ni mon cri de libération   Non je ne peux... [Lire la suite]
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31 décembre 2019

Casimiro de Brito (1938 -) : « Assis dans la mer... » / « Sentado no mar... »

    Assis dans la mer qui s’assied à tes pieds tu caresses un chien sur la plage déserte. La mémoire s’insinue en mots que tu ne sais pas déchiffrer ; sable tissé dans un alphabet rigoureux. Tu respires l’océan qui fluctue dans le fil du regard, dans les bateaux qui brillent sur la toile des eaux. La lumière en cascade. Les rets de la mort sacralisés en chaque mouvement.   Traduit du portugais par Michelle Giudicelli in, « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard... [Lire la suite]
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20 juin 2019

Fernando Pessoa (1888 - 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XI-XXX)

  XI Cette dame à un piano qui est agréable mais qui n’est pas le cours des fleuves ni le murmure que font les arbres...   Pourquoi faut-il qu’on ait un piano ? Le mieux est qu’on ait des oreilles et qu’on aime la Nature.   XII Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d’autres instruments et chantaient d’amour littérairement. (Ensuite – moi je n’ai jamais lu Virgile et pourquoi donc l’aurais-je lu ?)   Mais les bergers de Virgile, les pauvres, sont Virgile, et la Nature est aussi... [Lire la suite]
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