18 décembre 2016

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : CELA / TO

  CELA   Si je pouvais enfin dire ce qui m’habite. M’écrier : hommes, je vous ai menti En disant qu’il n’y a pas cela en moi, Alors que CELA y est sans cesse, jour et nuit. Bien que ce fût précisément grâce à cela Que je savais décrire vos villes inflammables, Vos amours brèves et vos amusements qui se désagrègent en      poussière, vos boucles d’oreilles, miroirs, la bretelle qui glisse, les scènes dans les chambres et sur les champs de bataille.   L’écriture était pour moi une... [Lire la suite]
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12 juin 2016

Wisława Szymborska : Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry

  Monologue pour Cassandre   C’est moi, Cassandre. Et voici ma cité recouverte de braises. Et voici mon bâton, mes rubans de prophète. Et voici ma tête pleine d’incertitudes.   C’est vrai, je triomphe. Le feu de ma raison lèche la voûte céleste. Seuls les prophètes que personne ne croît jouissent de tels spectacles ; seuls ceux qui s’y sont assez mal pris pour que tout s’accomplisse aussi rapidement comme s’ils n’avaient pas existé.   Je me souviens maintenant, très distinctement de ceux... [Lire la suite]
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25 mars 2016

Zbiniew Chojnowski (1962 - ) : « Nous marchions dans le souffle du printemps… »

  Nous marchions dans le souffle du printemps ourdi de graminées tout proches, des boutons d’or éclataient un à un, dessinaient des rubans dorés. De l’hirondelle qui fendait l’air tombait douce la pluie. Sur le chemin de traverse, entre les deux villages de Boze et de Palestyna, le Ciel et la Terre s’écartaient, la lumière devenait diaphane, et nul d’entre nous, dans ces frémissements, ne demeurait en son Tout.   Cztery strony domu, 1996.   Traduit du polonais par Frédérique Laurent In, « Terra... [Lire la suite]
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13 février 2016

Wojciech Marek Darski (1958 - ) : Gizycko – Arrivée 5.40

Gizycko – Arrivée 5.40   Il fait presque jour. On peut déjà voir des marques sculptées dans le givre, sur les vitres. Elles se dévoilent, et l’air gelé est cinglant pour les yeux, en chassant les rêves. Elles jappent tristement. Dans l’abandon. Derrière le virage, le pont étend ses bras. La gare qui s’éveille halète en se tournant de l’autre côté. Il y a des rues qui courent en formant une étoile. La neige grince comme une porte restée longtemps fermée, et les bordures prennent des formes sous les pas. Il y a de... [Lire la suite]
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07 janvier 2016

Kazimierz Brakoniecki (1952 - ) : Armor, Poèmes de l’Atlantique / Armor, Wiersze atlantyckie

Armor Poèmes de l’Atlantique   I Sur cette plage à la vue de l’océan deux philosophes tourmentés ont trouvé la mort.   Non, aucune bête à quatre têtes hurlantes ne sortira de cet océan en jeûne. Pas une baleine n’arrivera Avec Jonas, ceint de la membrane de l’angoisse. Légers embruns d’un vent éteint, galettes de nuages, râles de mouettes bienveillantes.   Des centaines de corps transpirent après déjeuner, chips, préservatifs, journaux, rubans.   Pas plus. Nous sommes seuls avec notre Camarde... [Lire la suite]
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18 décembre 2015

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : Dante

  Dante   Ainsi ne rien avoir. Ni terre ni abîme. Tournant sur lui-même le cercle des saisons. Les gens sous les étoiles Vont et se dispersent En poussière quasi stellaire. Les machines moléculaires Travaillent infailliblement, comme des automates. Lilium colombianum ouvre ses fleurs rayées comme des tigres, Qui aussitôt se recroquevillent sur leur poix gluante. Les arbres poussent à la verticale, tout droit dans les airs.   Alchimiste Alighieri, si loin De ton ordre cet ordre sans queue ni tête, Cosmos... [Lire la suite]
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12 juin 2015

Wistawa Szymborska (1923 – 2012) : Haine / Nienawiść

  Haine   Voyez combien elle reste efficace, combien elle se porte bien en notre siècle, la haine. Avec quel naturel elle prend les plus hauts obstacles. Combien il lui est facile : sauter, saisir.   Elle n’est pas comme les autres sentiments. Leur aînée, et pourtant leur cadette. Elle sait engendrer toute seule ce qu’il lui faut pour vivre. Si elle dort, ce n’est pas d’un sommeil éternel. L’insomnie ne lui ôte pas ses forces, au contraire.   Peu lui chaut, religion ou pas, pourvu qu’on soit... [Lire la suite]
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07 janvier 2015

Kazimierz Brakoniecki (1952 - ) : Fugacités

Fugacités   1 La véritable substance du monde est la fugacité du monde le brin d’herbe glissé entre les pouces qui servait de sifflet est aujourd’hui un cube de planète tombé au plus profond de l’écho le soleil qui transperçait les collines denses et le ciel est aujourd’hui une boule de silence au milieu de la vitre ancestrale paysage d’une enfance pétrifiée demi-cercle traité par une luge sur un vieux lac gelé et toi nuage étincelant aplati dans le ciel au-dessus du vallon où chantait le ruisseau la main brisée sur... [Lire la suite]
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03 octobre 2014

Ryszard Krynicki (1943 - ) : « La vie pousse… »

La vie pousse   La vie pousse comme l’étonnement et la crainte oubliées un instant dans une étreinte amoureuse, la vie pousse comme la queue devant le boulanger.   La vie pousse comme l’herbe, comme la poussière et comme la mousse comme la toile d’araignée, le givre et les taches de moisissure la vie pousse impitoyable comme la toux et l’éclat de rire ; malgré les guerres, les armistices, les pourparlers, la détente, le rideau de fer, la Société des Nations, la guerre froide, les changements de climat,... [Lire la suite]
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14 juin 2014

Wisława Szymborska (1923 - 2012) : Une voix dans la discussion sur la pornographie /Głos w sprawie pornografii

    Une voix dans la discussion sur la pornographie   Il n’est pas de débauche pire que la pensée. C’est une sale graine qui sème à tout vent, sur nos plates-bandes faites pour des marguerites.   Il n’y a rien de sacré pour ces coquins qui pensent. Désignations osées des choses par leur nom, licencieuses analyses, grivoises synthèses, chasse dévergondée aux faits tout nus, tripatouillage obscène des sujets délicats, le frai des opinions, voilà ce qui les allume.   En plein jour, ou alors sous... [Lire la suite]
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