25 mars 2017

Zbigniew Chojnowski (1962 - ) : Lac gelé

  Lac gelé   Tu entends la glace qui cède comme un grondement las qui repose au fond des eaux. Comme la mère d’Helmut jusqu’au printemps dernier, tombée d’un traîneau qui rejoignait le rivage. De son corps sortaient des anguilles. Tu lèves les bras au ciel, dos au vent, tu glisses sur l’onde noire, comme on parcourt l’éternité. Te lances à la poursuite d’un trou laissé dans la glace, glace où les pêcheurs d’Ortakow, par temps de gel, retirent leurs filets argentés de gardons et de brêmes.   Sniardwy,... [Lire la suite]
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02 février 2017

Wojciech Marek Darski (1958 - ) : Carte postale de Mazurie. Destinataire inconnu

    Carte postale de Mazurie Destinataire inconnu   Quand le soir viendra, nous irons au lac regarder les fagots descendre les bois en sarabande. Sous la lame des vagues, nous jetterons notre carcasse usée et les arbres nageront avec nous vers l’autre rive. Ou bien la pâleur des contes nous surprendra. A demi-mot, dans un faux-pas. A présent, les couronnes de verdure des sapins dorment encore. Toujours le cerf solitaire s’y arrête. Les yeux des hiboux régulent le mouvement que prennent les souris en... [Lire la suite]
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07 janvier 2017

Kazimierz Brakoniecki (1952 - ) : Souvenance

  Souvenance   Il y a des peuples qui se ressemblent tant qu’ils partagent leurs vies haïssant leur propre image et qu’ils cèdent sans hésiter à d’autres pays leur haine leur hypocrisie et leur dégoût qui les changeront en poussière Ils ignorent que vus de l’avenir ils sont le seul sang sève de glaise dans cet air désespéré le seul espace rétréci dans une artère du tombeau   Il y a des peuples qui se ressemblent tant qu’ils ignorent leur propre langue et qu’ils s’ignorent même devant la mort Des peuples... [Lire la suite]
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18 décembre 2016

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : CELA / TO

  CELA   Si je pouvais enfin dire ce qui m’habite. M’écrier : hommes, je vous ai menti En disant qu’il n’y a pas cela en moi, Alors que CELA y est sans cesse, jour et nuit. Bien que ce fût précisément grâce à cela Que je savais décrire vos villes inflammables, Vos amours brèves et vos amusements qui se désagrègent en      poussière, vos boucles d’oreilles, miroirs, la bretelle qui glisse, les scènes dans les chambres et sur les champs de bataille.   L’écriture était pour moi une... [Lire la suite]
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12 juin 2016

Wisława Szymborska : Monologue pour Cassandre / Monolog dla Kasandry

  Monologue pour Cassandre   C’est moi, Cassandre. Et voici ma cité recouverte de braises. Et voici mon bâton, mes rubans de prophète. Et voici ma tête pleine d’incertitudes.   C’est vrai, je triomphe. Le feu de ma raison lèche la voûte céleste. Seuls les prophètes que personne ne croît jouissent de tels spectacles ; seuls ceux qui s’y sont assez mal pris pour que tout s’accomplisse aussi rapidement comme s’ils n’avaient pas existé.   Je me souviens maintenant, très distinctement de ceux... [Lire la suite]
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25 mars 2016

Zbiniew Chojnowski (1962 - ) : « Nous marchions dans le souffle du printemps… »

  Nous marchions dans le souffle du printemps ourdi de graminées tout proches, des boutons d’or éclataient un à un, dessinaient des rubans dorés. De l’hirondelle qui fendait l’air tombait douce la pluie. Sur le chemin de traverse, entre les deux villages de Boze et de Palestyna, le Ciel et la Terre s’écartaient, la lumière devenait diaphane, et nul d’entre nous, dans ces frémissements, ne demeurait en son Tout.   Cztery strony domu, 1996.   Traduit du polonais par Frédérique Laurent In, « Terra... [Lire la suite]
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13 février 2016

Wojciech Marek Darski (1958 - ) : Gizycko – Arrivée 5.40

Gizycko – Arrivée 5.40   Il fait presque jour. On peut déjà voir des marques sculptées dans le givre, sur les vitres. Elles se dévoilent, et l’air gelé est cinglant pour les yeux, en chassant les rêves. Elles jappent tristement. Dans l’abandon. Derrière le virage, le pont étend ses bras. La gare qui s’éveille halète en se tournant de l’autre côté. Il y a des rues qui courent en formant une étoile. La neige grince comme une porte restée longtemps fermée, et les bordures prennent des formes sous les pas. Il y a de... [Lire la suite]
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07 janvier 2016

Kazimierz Brakoniecki (1952 - ) : Armor, Poèmes de l’Atlantique / Armor, Wiersze atlantyckie (I- IX)

Armor Poèmes de l’Atlantique   I Sur cette plage à la vue de l’océan deux philosophes tourmentés ont trouvé la mort.   Non, aucune bête à quatre têtes hurlantes ne sortira de cet océan en jeûne. Pas une baleine n’arrivera Avec Jonas, ceint de la membrane de l’angoisse. Légers embruns d’un vent éteint, galettes de nuages, râles de mouettes bienveillantes.   Des centaines de corps transpirent après déjeuner, chips, préservatifs, journaux, rubans.   Pas plus. Nous sommes seuls avec notre Camarde... [Lire la suite]
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18 décembre 2015

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : Dante

  Dante   Ainsi ne rien avoir. Ni terre ni abîme. Tournant sur lui-même le cercle des saisons. Les gens sous les étoiles Vont et se dispersent En poussière quasi stellaire. Les machines moléculaires Travaillent infailliblement, comme des automates. Lilium colombianum ouvre ses fleurs rayées comme des tigres, Qui aussitôt se recroquevillent sur leur poix gluante. Les arbres poussent à la verticale, tout droit dans les airs.   Alchimiste Alighieri, si loin De ton ordre cet ordre sans queue ni tête, Cosmos... [Lire la suite]
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12 juin 2015

Wistawa Szymborska (1923 – 2012) : Haine / Nienawiść

  Haine   Voyez combien elle reste efficace, combien elle se porte bien en notre siècle, la haine. Avec quel naturel elle prend les plus hauts obstacles. Combien il lui est facile : sauter, saisir.   Elle n’est pas comme les autres sentiments. Leur aînée, et pourtant leur cadette. Elle sait engendrer toute seule ce qu’il lui faut pour vivre. Si elle dort, ce n’est pas d’un sommeil éternel. L’insomnie ne lui ôte pas ses forces, au contraire.   Peu lui chaut, religion ou pas, pourvu qu’on soit... [Lire la suite]
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