22 novembre 2020

Giovambattista Marino (1569 – 1625) : Polyphème et Galatée

  Polyphème et Galatée   « Je suis laid, mais qu’importe ! Et même si ma barbe N’est qu’un roncier piquant qui couvre mon visage, Si ma poitrine et mon dos sont noirs et toisonnent, Si mes cheveux ne sont qu’une épaisse broussaille   Ne me méprise point, mon enfant, ma mignonne ! Sous ma laideur se cache un amour si brûlant ; Car la mer enfouit dans une dure enveloppe L’inestimable chair de bien des coquillages.   Non, ne te gausse pas de mon immense torse, Puissant et... [Lire la suite]
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27 août 2020

Alfonso Gatto (1909 – 1976) : Et tu m’écouteras / E tu m'ascolterai

  Et tu m’écouteras   Dans ce grand silence où l’aube arrive des ports de brumes, aux vitres d’une maison étrangère, je parlerai de la vie perdue comme un rêve et tu m’écouteras au cœur de ton froid, fermant peu à peu les yeux, bleue.   Puis descendra sur le monde la paix de tes mains, finalement sauve sans peur d’être troublée. Et nous croirons porter en nous avec nos premiers espoirs une autre vie : au souffle d’une vois désormais lointaine comme la lune morte du matin.   Traduit de... [Lire la suite]
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20 août 2020

Dino Campana (1885 – 1932) : Bâtiment en voyage / Bastimento in viaggio

  Bâtiment en voyage (anciennement : Fragment)   Le mât oscille par touches dans le silence. Une lumière ténue blanche et verte tombe du mât. Le ciel limpide à l’horizon, chargé vert et doré après la bourrasque. Le cadre blanc de la lanterne en haut Illumine le secret nocturne ; depuis la fenêtre Les cordages d’en haut à triangle d’or Et un globe blanc de fumée qui n’existe pas comme musique Au-dessus du cercle avec les touches de l’eau en sourdine.   Traduit de l’italien par Irène Gayraud et... [Lire la suite]
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14 août 2020

Eugenio Montale (186 – 1981) : Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna

  Bateaux sur la Marne   Bonheur du liège abandonné au flot Du courant Qui se détrempe autour de ces ponts renversés Et de la pâle pleine lune par le soleil : Bateaux sur la rivière, argiles dans l’été Et là un croupissant murmure de cités. Suis de rames le pré si tu vois le chasseur De papillons venir porteur de son filet, La tremblaie sur la muraille où c’est un sang De dragon qui se redit dans le cinabre.   Voix sur le fleuve et vous éclats des rives Ou rythmique scandement de la pirogue A... [Lire la suite]
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28 juillet 2020

Guido delle Colonne (1210 – 1287) : « Amour, qui si longuement m’as mené... » / « Amor, che lungiamente m’hai menato... »

    Amour, qui si longuement m’as mené A courte bride et sans perdre haleine, Je t’en supplie, relâche un peu les rênes, Je suis fourbu de cette rude course. J’ai enduré à ce jour trop de maux Pour vous, ma dame, à qui je suis plus lige Que ne l’est à son maître un haschischin Consentant à mourir par loyauté.      Aimer est un délicieux supplice, Et bien le nomme-t-on un doux martyre, Mais cependant, ma dame, ayez pitié Du grand chagrin qui me ronge et dévore : Ce mal n’est doux que... [Lire la suite]
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13 mai 2020

Giuseppe Ungaretti (1988 – 1970) : La mort méditée (1,2,5,6) / La morte meditata (1,2,5,6)

La mort méditée   Chant premier   O toi sœur de l’ombre, Nocturne, d’autant plus que le jour a de force, Tu me poursuis, ô mort.   C’est dans un jardin pur Qu’une convoitise ingénue te donna le jour Et la paix sur ta bouche Fut perdue, mort pensive.   Et depuis ce moment, dans le flux de l’esprit Je t’entends Approfondir les distances, Emule souffrant de l’éternel.   Mère venimeuse des temps Dans la peur du battement de cœur La peur de la solitude,   Beauté punie et riante, ... [Lire la suite]
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18 avril 2020

Cesare Pavese (1908 – 1950) : Femmes passionnées / Donne appassionate

  Femmes passionnées   Les filles au crépuscule descendent dans l’eau Quand, étale, la mer disparaît. Dans le bois chaque feuille tressaille tandis qu’elles émergent prudentes sur le sable et s’assoient sur la rive. L’écume joue inquiète le long de l’eau lointaine.   Les filles ont peur des algues enfouies sous les vagues qui s’agrippent aux épaules et au jambes : ce qui est nu de leurs corps. Lestement elles regagnent la rive et s’appellent l’une l’autre, épiant autour d’elles. Les ombres aussi, sur... [Lire la suite]
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15 avril 2020

Salvatore Quasimodo (1901 – 1968) : « Vous avez fini de sonner le glas ... » / « Avete finito di battere i tamburi... »

  Vous avez fini de sonner le glas Au roulement cadencé des tambours Sur tous les horizons, derrière les cercueils Suivant de près les drapeaux. Vous avez fini de vous apitoyer sur les plaies et les larmes Dans les villes détruites – tas de ruines. Et plus personne ne crie : « Mon Dieu, Pourquoi m’as-tu abandonné ? » De la poitrine trouée Ne coulent plus le lait ni le sang. Et maintenant que vous avez camouflé vos canons Parmi les magnolias, laissez-nous donc Un jour sans armes sur le gazon Au... [Lire la suite]
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01 février 2020

Dino Campana (1885 – 1932) : Jardin automnal (Florence) / Giardino autunnale (Firenze)

  Jardin automnal (Florence)   Au jardin spectral au laurier muet De ses vertes guirlandes A la terre automnale Un ultime salut ! Aux arides versants Âpres rougis dans l’extrême soleil Confuse de rumeurs Rauques crie la lointaine vie : Crie au soleil mourant Qui ensanglante les parterres. S’entend une fanfare Qui déchirante monte : l e fleuve disparaît Dans les arènes d’or ; dans le silence Sont les blanches statues à la tête des ponts Tournées : les choses déjà ne sont plus. Et du... [Lire la suite]
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20 décembre 2019

Giacomo Leopardi (1798- 1837) : Les souvenirs / Le ricordanze

  Les souvenirs             Belles étoiles de l’Ours, pouvais-je croire Qu’un jour je reviendrais vous contempler Scintillantes au-dessus du jardin de mon père, Et deviser avec vous depuis les fenêtres De cette demeure où j’habitais Enfant et de mes joies connus la fin. Alors, que de chimères, que de fables Engendrait votre vision dans mon âme, Avec celle des lumières vos compagnes ! Quand, silencieux, assis dans l’herbe, J’aimais à passer grand-partie de mes... [Lire la suite]
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