02 novembre 2022

Pablo Neruda (1904 – 1973) : « La grande pluie du Sud tombe sur Isla Negra... » / « La gran lluvia del sur cae sobre Isla Negra.

      La grande pluie du Sud tombe sur Isla Negra comme une goutte unique et transparente et lourde, la mer ouvre ses feuilles froides, la reçoit, la terre apprend l’humide destin de la coupe.   Oh mon âme, il faut que tes baisers me donnent cette eau saumâtre, avec le miel du territoire, le parfum qu’a mouillé le ciel aux mille lèvres, la patience sacrée de la mer en hiver.   C’est un appel, toutes les portes s’ouvrent seules, l’eau fait un long récit de rumeur aux fenêtres, le ciel va vers... [Lire la suite]
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05 août 2022

Luis Mizón (1942 -) : Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (I)

  Le songe du figuier en flammes  Pour Anne-Lise Bénard et Claude Couffon I   1 Humbles tisserandes, les mouettes.   A l’abri de la tempête, elles ravaudent des mots blessés.   Les crevasses que laissent les éclairs sur le visage colossal des fiancés.   Les baisers de l’amour en danger ornés de coquillages et de bateaux   2 J’oeuvre avec des nombres très beaux, des caresses accessibles.   Aine. Aube. Aisselle délicate.   Je respire dans les photographies du... [Lire la suite]
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29 mai 2022

Óscar Arturo Hahn (1938 -) : Rendez-vous / Cita

  Rendez-vous   J’ai acheté des draps rouges de l’étoffe la plus douce   même si je sais qu’ils ne peuvent rivaliser avec la douceur de ta peau   Je les ai achetés de couleur rouge pour que ton corps blanc   étendu sur les draps   soit le vers de Góngora : « ou pourpre enneigée ou neige empourprée »   Et quand tu t’es couchée nue sur mon lit   le vers s’est fait chair     Traduit de l’espagnol par Josiane Gourinchas In, Oscar Hahn : "Peine de... [Lire la suite]
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02 novembre 2021

Pablo Neruda (1904 – 1973) : Sévérité / Severidad

  Sévérité   Je vous condamne à chier le soir et le matin lisant de vieux journaux et des romans amers je vous condamne à chier repentir et mélancolie et douceâtres après-midi jaunissants.   Je vous condamne à chier en corset et chemise dans vos maisons à bicyclettes et canaris, avec vos paires de fesses chaudes et bleues et vos lamentables cœurs à échéance.   D’un monde naufragé sortent des faits sinistres : fantômes mécaniques et chiens sans museau, ambassadeurs gras comme des roses, débits... [Lire la suite]
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05 août 2021

Luis Mizón (1942 -) : La mer des Sargasses (extraits)

    La mer des Sargasses (extraits)     I   L’Ange   5. Toute histoire est hésitation.   La nuit est pleine de bougies de caresses de paroles Excentrique calligraphie.   Je mets en gage mes clavicules de fer et mes ailes de carton-pâte   6. La vague modela mon corps de marin provincial.   Mes yeux sont des îlots.   Nids d’oiseaux. Plages que la vague recouvre de lait phosphorescent et de petites pierres multicolores.   7. Le... [Lire la suite]
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28 mai 2021

Óscar Arturo Hahn (1938 -) : Voyageant avec moi-même / Viajando conmigo

  Voyageant avec moi-même   Où que je veuille aller où que je veuille me déplacer rien ne va se passer rien ne va changer car c’est moi-même que j’emporte avec moi Je ne reste pas derrière je ne m’éloigne pas de moi : je me porte sur le dos Autre maison autre ciel autre temps ce sera la même chose : c’est la même chose la vie n’est pas ailleurs la vie c’est là où l’on est   Me charger de moi-même de par le monde n’est pas chose facile Me défaire de moi ou me laisser abandonné en quelque... [Lire la suite]
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02 novembre 2020

Pablo Neruda (1904 – 19733) : La Ma Nounou / La Mamadre

  La Ma Nounou     La Ma Nounou s’avance dans ses sabots de bois. Au soir d’hier le vent du Pôle a soufflé, les toits se sont brisés, les murs et les ponts se sont effondrés, toute la nuit a hurlé avec ses pumas, et maintenant, en ce matin de soleil glacé, la voici la Ma Nounou donã Trinidad Marverde, douce comme la timide fraîcheur du soleil dans les pays de tempête, lampe menue et s’éteignant, se rallumant pour que tous voient bien le chemin.   O douce Ma Nounou - je n’ai... [Lire la suite]
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05 août 2020

Luis Mizón (1942 -) : Fantôme / Fantasmas

  Fantômes   1 Nous avons mangé des anguilles frites des cervelles d’agneau du riz des testicules de taureau des gâteaux au gingembre et bu du vin.   Que l’on amène à table les fous incurables qui caressent un cheval fantôme. Ceux qui marchent la nuit parmi les cris et les tambours dans les couloirs des hôpitaux et les villes inconnues. Ceux qui dorment sur un dessin de fleurs en tremblant comme bêtes pures dans leur labyrinthe de sable. Ceux qui regardent le feu de loin sans oser s’approcher. Que... [Lire la suite]
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29 mai 2020

Óscar Arturo Hahn (1938 -) : Le corps interroge l’âme / El cuerpo le pregunta al alma

  Le corps interroge l’âme   Te souviendras-tu de moi après ma mort ? Te souviendras-tu du visage que tu avais lorsque tu habitais ma chair et que j’étais la demeure de tes nuits et de tes jours ?   Libérée du temps et de l’espace à quel moment te languiras-tu de moi ? et dans quel lieu prendras-tu le temps de te souvenir de l’amour avec son miel et ses poisons ?   Âme qui te dissous dans le tout quand perdue dans l’incommensurable tu penseras à moi  je serai cendres ... [Lire la suite]
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02 novembre 2019

Pablo Neruda (1904 – 1973 ) : Le paresseux / El perozoso

    Le paresseux   Continueront voyager choses de métal entre les étoiles des gens s’exténueront monter pour violer la lune douce là-bas fonder leurs pharmacies   En ce temps de vendanges pleines le vin chez nous commence à vivre de la mer à la Cordillère Au Chili dansent les cerises chantent des fillettes obscures et dans les guitares l’eau brille   Le soleil joue à toute porte Et fait miracles pour le blé Le premier vin est rosé Il est doux comme un enfant tendre Le second vin est vin... [Lire la suite]
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