08 décembre 2015

Antonio Machado (1875 – 1939) : Il y a eu crime dans Grenade / El crimen fue en Granada

  Il y a eu crime dans Grenade A Federico Garcia Lorca I Le crime On l’avait vu, cheminant entre des fusils par une longue rue, apparaître dans la campagne froide, encore étoilée, la campagne du matin. Ils ont tué Frédéric à l’heure où surgissait la lumière. Le peloton des bourreaux n’osait le regarder en face. Ils ont tous fermé les yeux, ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas ! Il est tombé mort, Frédéric - sang au front et aux entrailles. – …Il y a eu crime dans Grenade ! Vous... [Lire la suite]
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25 novembre 2015

José Agustín Goytisolo (1928 -1999) : Précisément alors

    Précisément alors   Le jour où tous les téléphones se mettront à hurler où les téléviseurs et les radios lanceront une campagne      endiablée en énumérant les avantages du suicide collectif ou quand les montres s’arrêteront à une heure complètement      idiote   alors quand vous lirez sur les bandes d’ordinateurs les données complètement fausses et quand dans la rue les feux se mettront au rouge permanent et quand vous verrez les trains partir en marche... [Lire la suite]
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08 novembre 2015

Jorge Luis Borges (1899-1986) : Œdipe et son énigme / Edipo y el enigma

  Œdipe et son énigme   Quadrupède à l’aurore, à midi profilant Sur le ciel sa droiture, et dans le jour qui baisse A trois pattes clochant débile : la déesse Durable voyait ainsi son frère vacillant, L’homme. Mais vers le soir voici qu’un homme arrive, Et tombe au piège qu’il résout : dans le miroir De cette monstrueuse image il a pu voir, Bouleversé, notre destin et sa dérive. Nous sommes tous Œdipe ; il a tout su de tous, Il a vu cette longue et triple bête : nous. Je suis ce que je fus... [Lire la suite]
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20 août 2015

Jose María Valverde (1926 – 1996) : Psaume initial / Salmo Inicial.

  Psaume initial   Seigneur, je t’appelle sans cesse et tu n’es pas avec moi. Tu es là-bas, dans les nuages, où ma voix n’arrive pas, et si parfois tu réapparais, comme le soleil après la pluie, il est des nuits où j’ai du mal à croire que tu existes.   Tu es une ville au-delà des montagnes. Tu es une mer lointaine qui parfois reste muette. Tu n’es pas en moi. Je sens ta noire absence qui dévore mes entrailles, telle une bouche affamée.   C’est pourquoi je t’appelle , Seigneur, constamment, c’est... [Lire la suite]
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21 juillet 2015

José Manuel Caballero Bonald (1926 - ) : Verset de la genèse / Versículos del génesis

  Versets de la genèse   Par les fenêtres, par les trous de serrure et les racines, par les orifices et les fentes, par les dessous de porte, la nuit entre.   La nuit entre comme un crime dans les brisants de la vie, elle parcourt salles d’hôpitaux, chambres de bordel, églises, alcôves, cellules, cahutes, et aux commissures des lèvres la nuit entre aussi.   La nuit entre comme une masse de mer vide et de caverne, elle se répand sur les bords de l’alcool et de l’insomnie, elle mord les mains... [Lire la suite]
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18 mai 2015

Angel González (1925 - 2008) : Monde inquiétant

Monde inquiétant   Monde inquiétant surgit brusquement.   J’ai peur de la lune embaumée dans les eaux du fleuve de la forêt silencieuse qui égratigne de ses branches le ventre de la pluie, des oiseaux qui hurlent dans le tunnel de la nuit et de tout ce qui subitement fait un geste et sourit pour disparaître aussitôt.   Au sein de la cruelle retraite des choses qui se précipitent en désordre vers le néant et la cendre, mon cœur naufrage dans l’inquiétude du destin du monde qui la cerne. Où vont... [Lire la suite]
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27 avril 2015

Pablo Garcia Baena (1923 – ) : Seul ton amour et l’eau... / Sólo tu amor y el agua...

Seul ton amour et l’eau   Seul ton amour et l’eau… Octobre sur la rivière baignait les grappes dorées du couchant, et cette lune odieuse qui s’élevait, si claire, chassait les noires violettes de l’ombre. Egaré, je naufrageais dans une mer de désir, aveuglé par la douce brume de tes cheveux. De tes cheveux qui dans ma gorge étouffaient ma voix quand j’égarais ma bouche sur leurs vagues de brouillard. Seul ton amour et l’eau… La rivière, doucement, taisait ses rumeurs en passant à nos côtés, et l’air en son... [Lire la suite]
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25 avril 2015

José Hierro (1922 – 2002) : Pas

    Pas   Si enfin ils étaient morts !   Si j’étais vraiment sûr qu’ils s’étaient effacés pour toujours de la terre, qu’ils s’étaient bel et bien enterrés ; si j’avais la certitude qu’ils sont enfin passés, quelle serait belle alors ma promenade dans la nuit à travers champs, sans les entendre, dans mon dos, pas à pas, haleter dans le silence, leur poitrine maculée de sang !   A demi morts, à demi vivants, à demi oubliés. Au rocher de mes rêves enchaînés, sans pouvoir... [Lire la suite]
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08 novembre 2014

Jorge Luis Borges (1899 – 1986) : Art poétique / Arte poética

Art poétique     Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau, Et penser que le temps à son tour est un fleuve, Puisque  nous nous perdons comme se perd le fleuve Et que passe un visage autant que passe l’eau.   Eprouver que la veille est un autre sommeil, Qui rêve qu’il ne rêve pas et que la mort Que redoute le corps est cette même mort De l’une et l’autre nuit, que l’on nomme sommeil.   Percevoir dans le jour ou dans l’an un symbole Des jours, des mois de l’homme ou bien des années, ... [Lire la suite]
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04 novembre 2014

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : La guitare / la guittara

La guitare Commence le pleur De la guitare. De la prime aube Les coupes se brisent. Commence le pleur De la guitare. Il est inutile de la faire taire. Il est impossible De la faire taire. C’est un pleur monotone, Comme le pleur de l’eau, Comme le pleur du vent Sur la neige tombée. Il est impossible De la faire taire. Elle pleure sur des choses Lointaines. Sable du Sud brûlant Qui veut de blancs camélias. Elle pleure la flèche sans but, Le soir sans lendemain, Et le premier oiseau mort Sur... [Lire la suite]
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