03 février 2016

José Gutiérrez (1955 - ) : Du renoncement / De la renuncia

  Du renoncement   Si avec le temps meurt cette chimère de chercher une lumière qui jamais ne sera nôtre, si les rêves deviennent une ombre noire sous un ciel cerné par l’orage, si le lieu de l’amour est la menace et sa nudité l’éclat d’une pièce de monnaie, si le plaisir ne nous suffit pas, si l’habitude c’est ce miroir brisé, sans beauté, mettons la vie au rebut et que la vaine mémoire du silence soit ton héritage écrit dans une fin qui nous condamne   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet ... [Lire la suite]
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29 janvier 2016

Jean de la Croix /Juan de la Cruz (1542 – 1591) : « J’entrai, mais point ne sus où j’entrais… » / « Entréme donde no supe… »

    J’entrai, mais point ne sus où j’entrais, Et je restai sans savoir, Transcendant toute science.   J’ignorai tout du lieu où j’entrais, Mais lorsque je me vis là, Sans connaître le lieu où j’étais J’entendis de grandes choses. Point ne dirai ce que je sentis, Car je demeurai sans rien savoir, Transcendant toute science.   De la paix, de la bonté aussi, C’était science parfaite, Dans une profonde solitude – Le droit chemin va bien clair. Pourtant c’était chose tant secrète, Que je demeurai... [Lire la suite]
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19 décembre 2015

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías / Llanto por Ignacio Sánchez Mejías

      Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías   À ma chère amie Encarnación López Júlvez   I. La prise et la mort        A cinq heures du soir C’était juste cinq heures du soir. Un enfant porta le drap blanc      à cinq heures du soir. Un panier de chaux déjà préparé      à cinq heures du soir. Tout le reste était mort et rien que mort            à cinq heures du soir   Le... [Lire la suite]
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08 décembre 2015

Antonio Machado (1875 – 1939) : Il y a eu crime dans Grenade / El crimen fue en Granada

  Il y a eu crime dans Grenade A Federico Garcia Lorca I Le crime On l’avait vu, cheminant entre des fusils par une longue rue, apparaître dans la campagne froide, encore étoilée, la campagne du matin. Ils ont tué Frédéric à l’heure où surgissait la lumière. Le peloton des bourreaux n’osait le regarder en face. Ils ont tous fermé les yeux, ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas ! Il est tombé mort, Frédéric - sang au front et aux entrailles. – …Il y a eu crime dans Grenade ! Vous... [Lire la suite]
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25 novembre 2015

José Agustín Goytisolo (1928 -1999) : Précisément alors

    Précisément alors   Le jour où tous les téléphones se mettront à hurler où les téléviseurs et les radios lanceront une campagne      endiablée en énumérant les avantages du suicide collectif ou quand les montres s’arrêteront à une heure complètement      idiote   alors quand vous lirez sur les bandes d’ordinateurs les données complètement fausses et quand dans la rue les feux se mettront au rouge permanent et quand vous verrez les trains partir en marche... [Lire la suite]
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08 novembre 2015

Jorge Luis Borges (1899-1986) : Œdipe et son énigme / Edipo y el enigma

  Œdipe et son énigme   Quadrupède à l’aurore, à midi profilant Sur le ciel sa droiture, et dans le jour qui baisse A trois pattes clochant débile : la déesse Durable voyait ainsi son frère vacillant, L’homme. Mais vers le soir voici qu’un homme arrive, Et tombe au piège qu’il résout : dans le miroir De cette monstrueuse image il a pu voir, Bouleversé, notre destin et sa dérive. Nous sommes tous Œdipe ; il a tout su de tous, Il a vu cette longue et triple bête : nous. Je suis ce que je fus... [Lire la suite]
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20 août 2015

Jose María Valverde (1926 – 1996) : Psaume initial / Salmo Inicial.

  Psaume initial   Seigneur, je t’appelle sans cesse et tu n’es pas avec moi. Tu es là-bas, dans les nuages, où ma voix n’arrive pas, et si parfois tu réapparais, comme le soleil après la pluie, il est des nuits où j’ai du mal à croire que tu existes.   Tu es une ville au-delà des montagnes. Tu es une mer lointaine qui parfois reste muette. Tu n’es pas en moi. Je sens ta noire absence qui dévore mes entrailles, telle une bouche affamée.   C’est pourquoi je t’appelle , Seigneur, constamment, c’est... [Lire la suite]
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21 juillet 2015

José Manuel Caballero Bonald (1926 - ) : Verset de la genèse / Versículos del génesis

  Versets de la genèse   Par les fenêtres, par les trous de serrure et les racines, par les orifices et les fentes, par les dessous de porte, la nuit entre.   La nuit entre comme un crime dans les brisants de la vie, elle parcourt salles d’hôpitaux, chambres de bordel, églises, alcôves, cellules, cahutes, et aux commissures des lèvres la nuit entre aussi.   La nuit entre comme une masse de mer vide et de caverne, elle se répand sur les bords de l’alcool et de l’insomnie, elle mord les mains... [Lire la suite]
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18 mai 2015

Angel González (1925 - 2008) : Monde inquiétant

Monde inquiétant   Monde inquiétant surgit brusquement.   J’ai peur de la lune embaumée dans les eaux du fleuve de la forêt silencieuse qui égratigne de ses branches le ventre de la pluie, des oiseaux qui hurlent dans le tunnel de la nuit et de tout ce qui subitement fait un geste et sourit pour disparaître aussitôt.   Au sein de la cruelle retraite des choses qui se précipitent en désordre vers le néant et la cendre, mon cœur naufrage dans l’inquiétude du destin du monde qui la cerne. Où vont... [Lire la suite]
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27 avril 2015

Pablo Garcia Baena (1923 – ) : Seul ton amour et l’eau... / Sólo tu amor y el agua...

Seul ton amour et l’eau   Seul ton amour et l’eau… Octobre sur la rivière baignait les grappes dorées du couchant, et cette lune odieuse qui s’élevait, si claire, chassait les noires violettes de l’ombre. Egaré, je naufrageais dans une mer de désir, aveuglé par la douce brume de tes cheveux. De tes cheveux qui dans ma gorge étouffaient ma voix quand j’égarais ma bouche sur leurs vagues de brouillard. Seul ton amour et l’eau… La rivière, doucement, taisait ses rumeurs en passant à nos côtés, et l’air en son... [Lire la suite]
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