05 août 2016

Luis Mizón (1942 - ) : Terre prochaine /Tierra próxima

    Terre prochaine 1 De l’extrémité de la table la mer interrompait nos conversations gréant et désarmant l’antique réalité que personne ne connaissait, que personne ne savait connaître. La terre prochaine qu’il fallait toucher avec nos doigts aveugles. Nous avions perdu son contour de lumière ou abîmé la trame des signes ou, peut-être, dans la perspective nous avions perdu les pas, les contes et les traces.   2 La ville semblable à une photographie jaunissante à un souvenir de plâtre à une... [Lire la suite]
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10 juillet 2016

José Manuel Caballero Bonald (1926 - ) : Ma prophétie, c’est ma mémoire / Mi propia profecía es mi memoria

  Ma prophétie, c’est ma mémoire   Je reviens dans la chambre où je suis seul chaque nuit, entrepôt des jours qui ont sombré dans leur miroir irréparable. Là, parmi les témoignages ligotés, ma vie gît, immobile, avec ses papiers au destin instable.                                 Le bois, le tremblé de la lampe, le cristal visionnaire, les fragiles ... [Lire la suite]
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18 mai 2016

Angel González (1925 - 2008 ) : Synesthésie

  Synesthésie   Absorbé et révérencieux avec ses ailes fermées, le papillon apprend dans la prose odorante de la rose.   Ensuite, quand il les ouvrira, il restituera au paysage son parfum, métamorphosé en couleurs.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet, In « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 » Actes Sud / Editions Unesco, 1995 Du même auteur :  Monde inquiétant (18/05/2015) Anniversaire d’Amour / Cumpleaños de amor (18/05/2017) Ce sont les mouettes, mon... [Lire la suite]
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11 mai 2016

Maria Victoria Atencia (1931 - ) : Le pain dur / El duro pan

      Le pain dur   Boire mon insomnie jusqu’à la dernière goutte. Fuir à travers champ, les bras grands ouverts. Savoir de quelles angoisses naissent mes poèmes. Déchirer ma robe avec douleur et sans larmes. Mordre le pain dur de l’égoïsme d’autrui. Me noyer dans le tumulte qui assaille mes entrailles. Abandonner le théâtre qui m’est offert au quotidien. Accrocher mon désamour à un collier de givre. Planter dans ma pelote des aiguilles rouillées. Briser les heures qui me pèsent sur les tempes. ... [Lire la suite]
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27 avril 2016

Pablo García Baena (1923 - ) : Juin / Junio

  Juin   Ô je sais, je partirai à ta recherche lorsque l’automne accablera la terre de ses fruits détrempés, lorsque les jeunes filles passeront en mordant les grappes comme si c’était des lèvres, lorsque les hommes verront leurs jambes musclées se teindre du sang pourpre de la vigne et qu’une chanson flottera dans le froid bleuté du soir blet. Ô je sais, je partirai à ta recherche. Lorsque le baiser épanoui de l’ultime laurier-rose tombera    dans la rivière je chercherai tes pas sur le sable tiède ... [Lire la suite]
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25 avril 2016

José Hierro (1922 – 2002) : Lamentation / Lamentación

  Lamentation   Nous avons eu tant de choses à dire, qui n’ont pas été dites !   Prodigieuses paroles jeunes pour heurter les ouïes vieilles. Merveilleuses mélodies, chants inédits. Nous avons chanté tous ensemble et nous avons pleuré dans le silence. Nous avons appris une dure science au détriment de nos propres rêves.   Nous avons eu tant de choses à dire, qui n’ont pas été dites ! Nous avons évité si gaiement les sombres pressentiments ! Nous avons aimé chaque pousse, chaque... [Lire la suite]
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25 février 2016

Luis Antonio de Villena (1951 - ) : Oraison aux parvis de la cité de Baal

  Oraison aux parvis de la cité de Baal   A toi, Inanna-Ishtar, la douce et corruptrice, la puissante en lunes à la chair très fertile et aux lèvres énormes, celle au cul puissant et luisant de chaleur, maîtresse de la maison des fêtes, entends ma réclamation. Ce n’est plus pour te demander tout ce qui fut jadis, les très tumultueuses nuits de corps et de boissons, la jeunesse radieuse, les poitrines glabres et fines, les très fertiles bandes sans fin de jeunes gens… Ce n’est plus pour te demander les soleils... [Lire la suite]
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03 février 2016

José Gutiérrez (1955 - ) : Du renoncement / De la renuncia

  Du renoncement   Si avec le temps meurt cette chimère de chercher une lumière qui jamais ne sera nôtre, si les rêves deviennent une ombre noire sous un ciel cerné par l’orage, si le lieu de l’amour est la menace et sa nudité l’éclat d’une pièce de monnaie, si le plaisir ne nous suffit pas, si l’habitude c’est ce miroir brisé, sans beauté, mettons la vie au rebut et que la vaine mémoire du silence soit ton héritage écrit dans une fin qui nous condamne   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet ... [Lire la suite]
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29 janvier 2016

Jean de la Croix /Juan de la Cruz (1542 – 1591) : « J’entrai, mais point ne sus où j’entrais… » / « Entréme donde no supe… »

    J’entrai, mais point ne sus où j’entrais, Et je restai sans savoir, Transcendant toute science.   J’ignorai tout du lieu où j’entrais, Mais lorsque je me vis là, Sans connaître le lieu où j’étais J’entendis de grandes choses. Point ne dirai ce que je sentis, Car je demeurai sans rien savoir, Transcendant toute science.   De la paix, de la bonté aussi, C’était science parfaite, Dans une profonde solitude – Le droit chemin va bien clair. Pourtant c’était chose tant secrète, Que je demeurai... [Lire la suite]
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19 décembre 2015

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías / Llanto por Ignacio Sánchez Mejías

      Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías   À ma chère amie Encarnación López Júlvez   I. La prise et la mort        A cinq heures du soir C’était juste cinq heures du soir. Un enfant porta le drap blanc      à cinq heures du soir. Un panier de chaux déjà préparé      à cinq heures du soir. Tout le reste était mort et rien que mort            à cinq heures du soir   Le... [Lire la suite]
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