07 février 2021

Friedrich Nietzche (1844 – 1900) : La chanson ivre / Das trunkene lied

  La chanson ivre   Homme ! fais bien attention ! Que dit le profond minuit ? « Je dormais, je dormais, Je me suis réveillé d’un rêve profond : Le monde est profond, Et plus profondément pensé que le jour. Profonde est sa douleur ; Le plaisir, plus profond encore que la peine de cœur : La douleur dit : « Passe ! » Mais tout plaisir veut l’éternité, Veut la profonde, la profonde éternité ! »   Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre In,... [Lire la suite]
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05 février 2021

Friedrich Hölderlin (1770 - 1843) : « Comme, lorsqu’au jour de fête... » / « Wie wenn am Feiertage...

  Dessin de Mary Evans Picture Library     Comme, lorsqu’au jour de fête, pour aller inspecter son champ, Un paysan s’en va le matin, quand pendant tout le temps D’une brûlante nuit la fraîcheur des éclairs est tombée Et qu’au loin retentit encore le tonnerre Le fleuve revient en ses berges, Le sol se met à reverdir, Et de l’agréable pluie du ciel La vigne goutte doucement et les arbres Du bois scintillent doucement sous le soleil :   Ainsi se trouvent-ils, sous un climat propice, Ceux que... [Lire la suite]
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02 janvier 2021

Clemens Brentano (1778 – 1842) : Chant des moissons / Erntelied

    Chant des moissons   I   Il est un faucheur, c’est la mort, Il fait les foins quand Dieu le veut ; Vois-le fourbir sa faux, Qu’elle brille en fauchant, Car bientôt il te fauche, Et tu le dois souffrir ; Tu composeras sa couronne, Garde-toi, belle fleurette !       Ce qui fleurit en ce jour d’hui, Demain déjà sera fauché ; Et vous, nobles narcisses, Et vous, douces mélisses, Liserons languissants, Jacinthes des douleurs, Vous composerez sa couronne, ... [Lire la suite]
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28 décembre 2020

Friedrich Gottlieb Klopstock (1724 – 1803) : La nuit d’été / Die Sommernacht

Friedrich Gottlieb Klopstock, tableau de Jens Juel    La nuit d’été   Quand la douce lueur de la lune tombe Et se répand dans les forêts, et que dans l’air fraîchi Passent les senteurs mêlées Aux parfums du tilleul,   Je sens l’ombre sur moi de pensées à la tombe De l’aimée, et je ne vois plus Qu’un crépuscule au fond des arbres, Et il ne me vient plus de message des fleurs.   Cela, je l’ai connu jadis, ô vous les morts, avec vous, Ô, comme nous baignaient les parfums, les fraîcheurs, Comme la... [Lire la suite]
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28 novembre 2020

Wolfdietrich Schnurre (1920 – 1989) : Le fils / Der Sohn

  Le Fils   J’attends mon père qui revient de son champ. Il m’a promis de rapiécer mon cerf-volant. Être le familier de la terre et du ciel : qui peut établir de tels liens ?   Traduit de l’allemand par Raoul Bécousse In, Wolfdietrich Schnurre : « Messages clandestins, et nouveaux poèmes » Editions Noah, 1986 Du même auteur : Adoration /Anbetung (28/11/2014) Chanson / Lied (28/11/2015) Quand le monde frappe à ta porte /Klopfzeichen (28/11/2016) Message clandestin / Kassiber... [Lire la suite]
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15 septembre 2020

Nelly Sachs (1891 – 1970) : « C’est l’heure planétaire des fugitifs... « / « Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde... »

  C’est l’heure planétaire des fugitifs. C’est la fuite arracheuse des fugitifs vers le haut mal, vers la mort !   C’est la chute astrale hors de l’arrestation magique du seuil, du foyer, du pain.   C’est la pomme noire de la connaissance, la peur ! Soleil d’amour éteint qui fume ! C’est la fleur de la hâte, aspergée de sueur ! Ce sont les chasseurs issus de rien, rien que de fuite.   Ce sont des pourchassés, qui portent dans les tombes leurs cachettes mortelles.   C’est... [Lire la suite]
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23 juin 2020

Johann Wolfgang von Goethe (1749 – 1832) : Navigation / Seefahrt

Goethe, par Georg Melchior Kraus     Navigation   Pendant des jours et des nuits, mon bateau chargé est resté à l’ancre, Moi, guettant des vents propices, j’attendais avec de bons amis, Trinquant à la patience et à la bonne humeur, Dans une auberge du port.   Eux étaient deux fois plus impatients : « Nous sommes heureux pour toi de ce très prompt voyage, Et de cette grande traversée ; abondance de biens T’attendent dans les mondes, là-bas, de l’autre côté. Lorsque tu reviendras, tu... [Lire la suite]
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16 juin 2020

Heinrich Heine (1797 – 1856) : « Le pâle soir descend sur la mer... » / « Abendlich blasser wird es am Meer... »

       Le pâle soir descend sur la mer ; Tout seul, comme une âme en peine, Un homme est assis là-bas, sur la grève déserte ;  Il lève ses yeux glacés de moribond Vers les mornes espaces du firmament, Puis regarde la mer, immense et ondoyante. – Et par-dessus l’immense et ondoyante mer S’envolent ses soupirs, semblables à des aéronautes ; Puis ils reviennent, tout attristés D’avoir trouvé fermé ce cœur Où ils pensaient jeter l’ancre. – Tant il gémit que les blanches mouettes, Tout... [Lire la suite]
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26 avril 2020

Johannes Bobrowski (1917 – 1965) : Tour de voiture / Wagenfahrt

  Tour de voiture   Belle lune de Mariampol ! Sur la lisière de chaume, ma petite cité, derrière les baraques elle monte, lourde, pesante et comme parfois retombant un peu. Ainsi va le marchande de chevaux, il achète pour sa mère un foulard à frange.   Le soir, tard, ils ont chanté tous les deux. Nous sommes rentrés chez nous en traversant la rivière, sur le bac on entendait, comme l’eau, passer, légers, des mots échangés de gens se hélant, s’appelant – nous l’avons entendue longtemps ... [Lire la suite]
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16 avril 2020

Peter Huchel (1903 – 1981) : Le moissonneur polonais / Der polnische schnitter

  Le moissonneur polonais   Ne te plains pas, crapaud aux yeux d’or, dans l’eau pleine d’algues de l’étang. La nuit, le ciel murmure comme un grand coquillage. Son murmure m’appelle à rentrer.   La faux sur l’épaule je gravis la chaussée claire entouré par l’aboiement des chiens, et passe devant la forge charbonneuse où dort, sombre, l’enclume.   Dehors, dans la dépendance, les peupliers nagent dans la lumière laiteuse de la lune. Les champs respirent encore chaud dans le cri des grillons. ... [Lire la suite]
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