15 septembre 2020

Nelly Sachs (1891 – 1970) : « C’est l’heure planétaire des fugitifs... « / « Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde... »

  C’est l’heure planétaire des fugitifs. C’est la fuite arracheuse des fugitifs vers le haut mal, vers la mort !   C’est la chute astrale hors de l’arrestation magique du seuil, du foyer, du pain.   C’est la pomme noire de la connaissance, la peur ! Soleil d’amour éteint qui fume ! C’est la fleur de la hâte, aspergée de sueur ! Ce sont les chasseurs issus de rien, rien que de fuite.   Ce sont des pourchassés, qui portent dans les tombes leurs cachettes mortelles.   C’est... [Lire la suite]
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23 juin 2020

Johann Wolfgang von Goethe (1749 – 1832) : Navigation / Seefahrt

Goethe, par Georg Melchior Kraus     Navigation   Pendant des jours et des nuits, mon bateau chargé est resté à l’ancre, Moi, guettant des vents propices, j’attendais avec de bons amis, Trinquant à la patience et à la bonne humeur, Dans une auberge du port.   Eux étaient deux fois plus impatients : « Nous sommes heureux pour toi de ce très prompt voyage, Et de cette grande traversée ; abondance de biens T’attendent dans les mondes, là-bas, de l’autre côté. Lorsque tu reviendras, tu... [Lire la suite]
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16 juin 2020

Heinrich Heine (1797 – 1856) : « Le pâle soir descend sur la mer... » / « Abendlich blasser wird es am Meer... »

       Le pâle soir descend sur la mer ; Tout seul, comme une âme en peine, Un homme est assis là-bas, sur la grève déserte ;  Il lève ses yeux glacés de moribond Vers les mornes espaces du firmament, Puis regarde la mer, immense et ondoyante. – Et par-dessus l’immense et ondoyante mer S’envolent ses soupirs, semblables à des aéronautes ; Puis ils reviennent, tout attristés D’avoir trouvé fermé ce cœur Où ils pensaient jeter l’ancre. – Tant il gémit que les blanches mouettes, Tout... [Lire la suite]
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26 avril 2020

Johannes Bobrowski (1917 – 1965) : Tour de voiture / Wagenfahrt

  Tour de voiture   Belle lune de Mariampol ! Sur la lisière de chaume, ma petite cité, derrière les baraques elle monte, lourde, pesante et comme parfois retombant un peu. Ainsi va le marchande de chevaux, il achète pour sa mère un foulard à frange.   Le soir, tard, ils ont chanté tous les deux. Nous sommes rentrés chez nous en traversant la rivière, sur le bac on entendait, comme l’eau, passer, légers, des mots échangés de gens se hélant, s’appelant – nous l’avons entendue longtemps ... [Lire la suite]
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16 avril 2020

Peter Huchel (1903 – 1981) : Le moissonneur polonais / Der polnische schnitter

  Le moissonneur polonais   Ne te plains pas, crapaud aux yeux d’or, dans l’eau pleine d’algues de l’étang. La nuit, le ciel murmure comme un grand coquillage. Son murmure m’appelle à rentrer.   La faux sur l’épaule je gravis la chaussée claire entouré par l’aboiement des chiens, et passe devant la forge charbonneuse où dort, sombre, l’enclume.   Dehors, dans la dépendance, les peupliers nagent dans la lumière laiteuse de la lune. Les champs respirent encore chaud dans le cri des grillons. ... [Lire la suite]
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17 février 2020

Eric Arendt (1903 -1984) : Le cimetière juif de Prague / Prager Judenfriedhof

  Cimetière juif de Prague Pour Paul Celan   Mortes les racines à l’intérieur. Au mont des Oliviers l’ombre de la mort, séparée. Chemin de Croix qui ne finit jamais : le tien, le mien – mais elle erre encore, l’aile de mer de la parole.   Ici, jours années, gris, le tissu l’effeuillé. En haut quelque chose écoute. Inaudible, un vent. Jours années, gris, une plainte, sillage dans l’air. Vent, ancien comme un obscurcissement d’écorces. Mais sous le jour, la paupière, songent – ... [Lire la suite]
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07 février 2020

Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) : Le soleil décline / Die Sonne sinkt

  Le soleil décline   1 Tu ne connaîtras plus la soif longtemps encore, cœur brûlé ! Dans l’air passe une promesse, le souffle m’en vient de bouches inconnues :   - la grande fraîcheur approche.   Mon soleil brûlait au-dessus de moi à midi : salut à vous, qui venez, vents subits, frais génies de l’après-midi !   L’air passe, étranger et pur. De son regard biais de séductrice, la nuit, ne me lorgne-t-elle pas ?... Reste fort, ô mon cœur valeureux ! Ne... [Lire la suite]
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05 février 2020

Friedrich Hölderlin (1770 - 1843) : En bleu adorable / In lieblicher Bläue

    En bleu adorable   En bleu adorable fleurit Le toit de métal du clocher. Alentour Plane un cri d’hirondelles, autour S’étend le bleu le plus touchant. Le soleil Au-dessus va très haut et colore la tôle, Mais silencieuse, là-haut, dans le vent, Chante la girouette. Que quelqu’ Un au-dessous de la cloche, descende les degrés, alors Le silence sera une vie ; car, Lorsqu’une figure à ce point se détache, la Forme aussitôt ressort, de l’homme. Les fenêtres, d’où les cloches tintent, sont Comme des... [Lire la suite]
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01 janvier 2020

Raoul Schrott (1964 -) : Corollaires VI / Korollarien VI

  Corollaires VI   dans ce froid l’air est comme la porcelaine et le ciel une jatte – une fêlure du clocher au sommet – une fissure par laquelle la nuit regarde jusqu’à ce que la terre éclate en étoiles völs am schlern, 7.4.97   Traduit de l’allemand par Odile Demange In, « La poésie allemande contemporaine » Editions Seghers / Goethe-Institut Inter Nationes, Paris, 2001 Du même auteur :  Une histoire de l’écriture III / Eine Geschichte der Schrift III (01/01/2017) Du sublime III... [Lire la suite]
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28 novembre 2019

Wolfdietrich Schnurre (1920 - 1989) : Stance / Strophe

  Stance   Quand le faucon planta sa griffe dans la chair de la colombe, un plume tomba sur la bouche du monde. Elle resta suspendue, immobile, aux lèvres desséchées et attendit le souffle. Il ne vint pas ; ce fut le vent du soir qui l’emporta.   Traduit de l’allemand par Raoul Bécousse In, Wolfdietrich Schnurre : « Messages clandestins, et nouveaux poèmes » Editions Noah, 1986 Du même auteur : Adoration /Anbetung (28/11/2014) Chanson / Lied (28/11/2015) Quand le monde frappe... [Lire la suite]
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